Un consortium international obtient un permis de 10 ans à Chalk River Une décision fédérale ouvre la voie au dépotoir nucléaire de Chalk River et à la croissance des stocks de déchets

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Lyn Jones
 

Lyn Jones
 
OTTAWA – La Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) a accordé aux Laboratoires Nucléaires Canadiens (LNC) un permis de mise en service de 10 ans, sans précédent pour le site de Chalk River. Cela donne la liberté à la multinationale de développer ses activités nucléaires à l’installation fédérale, le long de la rivière des Outaouais, en amont du Pontiac et de la Capitale Nationale, en utilisant des milliards de dollars d’impôts. L’annonce a été rendue publique au début des vacances de Pâques.
Le nouveau permis ouvre la voie à SNC Lavalin et à ses partenaires pour construire et tester une nouvelle génération de petits réacteurs nucléaires
à Chalk River et pour créer une installation de d’entreposage de déchets radioactifs près de la surface qui pourrait laisser s’écouler des effluents radioactifs dans la rivière des Outaouais, source d’eau potable pour Ottawa, Gatineau, Laval, Montréal et d’autres populations en aval. 
Le vérificateur général du Canada a noté que SNC Lavalin et le consortium ont reçu 866 millions de dollars en fonds fédéraux pour des « dépenses contractuelles » en 2016-2017. Pour 2017-2018, on parle de près d’un milliard de dollars et plus d’un milliard supplémentaire vient d’être annoncé.
En 2013, SNC Lavalin s’est vu interdire de soumissionner pour des projets d’ingénierie internationaux financés par la Banque mondiale pendant 10 ans en raison de pratiques frauduleuses. Un autre membre du consortium a été reconnu coupable d’accusations de fraude aux États-Unis. SNC Lavalin fait également face à des accusations de pots-de-vin de plusieurs millions de dollars pour la construction du superhôpital de Montréal. 
Ces activités passées frauduleuses, la durée sans précédent du permis, l’élimination des conditions importantes du permis, les milliards de subventions fédérales et une exposition inévitable de millions de Canadiens aux
polluants radioactifs ont été soulevées par les Premières Nations, les groupes de citoyens et les experts indépendants lors des audiences publiques de trois jours en janvier 2018.
Les critiques affirment que la CCSN a fait fi des préoccupations bien documentées et des recommandations sur la proposition de permis présentées par des douzaines d’intervenants, y compris par des scientifiques à la retraite des Laboratoires nucléaire de Chalk River aux audiences de janvier. Selon ces groupes, la CCSN se comporte comme un  « organisme de réglementation sous l’emprise de l’industrie nucléaire ».
Le permis de Chalk River, signé par le président de la CCSN le jour du 39e anniversaire de la catastrophe nucléaire de Three Mile Island, élimine de nombreux critères de sécurité qui faisaient auparavant partie de la licence. Le nouveau manuel d’exploitation de la CCSN remplace les critères précédents par des normes élaborées par l’industrie nucléaire pour elle-même. 
Le Dr Ole Hendrickson du Concerned Citizens of Renfrew County and Area (CCRCA) a déclaré: « Un vide politique existe au niveau fédéral en ce qui concerne la gestion à long terme des déchets radioactifs postfission hautement toxiques, autres que le combustible nucléaire ». 
Le gouvernement fédéral est responsable de huit milliards de dollars pour les déchets déjà générés par Chalk River et d’autres sites nucléaires. Le gouvernement Trudeau, plutôt que de s’attaquer au problème des déchets, a lancé une campagne pour une nouvelle génération de réacteurs, faisant la promotion de l’énergie nucléaire comme étant « propre » – sans consultation publique ni débat parlementaire.
La nouvelle licence n’exige aucune garantie du consortium pour d’éventuels
dommages : le gouvernement fédéral, en tant que propriétaire des Laboratoires de Chalk River, est responsable de tout dommage.
« Les relations privilégiées entre l’industrie nucléaire, la CCSN et la classe politique ont été cachées au public », a déclaré Gordon Edwards, président de la Coalition canadienne pour la responsabilité nucléaire (CCNR). 
Au cours des 17 années d’existence de la CCSN, les commissaires n’ont jamais refusé d’accorder une licence à quiconque dans l’industrie nucléaire.                
 (Tr. LT)