Troquons-nous les mangeoires d’oiseaux pour un parc national ?

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Sylvie Filion


Sylvie Filion

Récemment, la Commission de la capitale nationale (CCN) prenait la décision de retirer les mangeoires présentes dans le parc de la Gatineau. Pour la CCN, les     mangeoires d’oiseaux altéreraient la faune, seraient coûteuses, attireraient les petits    carnivores… mais pour Gérard Desjardins, retirer ces mangeoires camoufle les       intentions des tenants d’un parc national.
En février dernier, la CCN communiquait avec le Club des ornithologues de l’Outaouais (COO) pour prendre le pouls des observateurs d’oiseaux. Gérard Desjardins, président du COO, explique qu’il avait eu à ce moment-là une longue discussion avec la CCN. « La CCN nous a demandé notre avis, ce qu’on en pensait, mais pour finir par nous dire que les mangeoires seraient retirées de toute façon », de confier M. Desjardins. À l’heure actuelle, il est possible d’observer des mangeoires d’oiseaux aux différents chalets de ski de fond. Celles-ci faciliteraient l’observation des oiseaux. En tout, il y en aurait une dizaine dans le parc.
Les arguments évoqués par la CCN seraient l’altération de la faune, le fait que ce soit coûteux, mais aussi le fait que les mangeoires attireraient des ratons laveurs et des ours.
« Altérer la faune avec des mangeoires … on ne parle pas de la nouvelle route   d’accès construite au domaine Mackenzie-King dans le parc de la Gatineau. Une    nouvelle route amène de nouvelles voitures. Si on veut parler d’altération de la faune, et bien une route, ça altère la faune. C’est là où nous on débarque », de dire M. Desjardins, considérant que cet argument faible vient voiler un mal encore plus profond.
« Il y en a, dans les hautes sphères de la CCN, certaines personnes qui voudraient bien voir le parc de la Gatineau devenir un parc national et être placé sous la direction de Parcs Canada », d’ajouter Gérard Desjardins. Si c’était alors le cas, si le parc de la Gatineau devenait un parc national, « le parc de la Gatineau qui est présentement facile d’accès, serait alors plus difficile. Il y aurait alors un paquet de règlements qu’il faudrait respecter», de dire Desjardins.
De son côté, la CCN réaffirme sa        position en rappelant que le parc de la Gatineau est un parc de conservation, il s’agit donc pour elle de laisser les processus naturels suivre leur cours sans interférence d’origine humaine. « Le parc déploie des efforts afin de convaincre le public de ne pas nourrir la faune du parc (ex. : bernaches et goélands, ours et aussi ratons-laveur aux terrains de camping). La présence de     mangeoires d’oiseaux envoie un message contradictoire et mine les messages présentés aux visiteurs », d’affirmer Emily Keogh, agente des communications pour la CCN.
L’adjoint parlementaire de Nycole Turmel, Sébastien Bergeron, explique que pour que le parc de la Gatineau finisse sous l’autorité de Parcs Canada, il y aurait beaucoup à faire. Premièrement, Parcs Canada aurait déclaré il y a quelques années que le parc de la Gatineau aurait un écosystème identique à un autre parc représenté dans sa base d’échantillonnage des écosystèmes. Il y aurait aussi le fait que Parcs Canada devraient se porter acquéreurs à 100 % des terrains du parc de la Gatineau, et qu’on obtienne la recommandation royale pour que ce soit fait. « Cela pourrait prendre des décennies », de dire Sébastien Bergeron qui voit difficilement le parc de la Gatineau être sous la gestion de Parcs Canada. 
En automne dernier, Nycole Turmel déposait un projet de loi pour faire en sorte que les terrains privés ne puissent être    vendus pour repousser la pression des développeurs. Les frontières du parc sont donc enchâssées dans cette loi afin            d’interdire la vente de terrains publics qui le composent.