Saignée dans le Pontiac

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Le Pontiac est-il en guerre contre le savoir et l’expertise ? Faute de budget, faute de moyens, faute de population, faute aussi de volonté parfois, le Pontiac vit sa saignée depuis quelques années et rien ni personne ne semble pouvoir l’arrêter.

Le Pontiac est-il en guerre contre le savoir et l’expertise ? Faute de budget, faute de moyens, faute de population, faute aussi de volonté parfois, le Pontiac vit sa saignée depuis quelques années et rien ni personne ne semble pouvoir l’arrêter. À l’heure où j’écris ce texte, nous sommes au lendemain d’une rencontre des maires au cours de laquelle la MRC rendait public un bilan des projets entrepris en lien avec le plan stratégique Vision Pontiac 2020. Les discussions se sont alors
concentrées sur le futur et les projetsà venir. Toutefois, si les réalisations du passé doivent se porter garantes de l’avenir, j’avoue que je suis plutôt inquiète.    En 2014, l’indice de vitalité du Pontiac, calculé sur base de trois
facteurs, à savoir le taux des travailleurs de 25 à 64 ans, le revenu total médian des 18 ans et plus et le taux d’accroissement annuel moyen de la population sur cinq ans, était négatif, nous classant en 102ème position sur les 104 MRC du Québec. Trois ans plus tard apparaît donc sur la table la
«  rétrospective triennale  » de la MRC de Pontiac en rapport direct avec le plan stratégique établi en 2009 et, sans analyse hautement scientifique des faits, je ne pense pas que le niveau économique de la MRC de Pontiac, au regard des trois facteurs pris en compte, ait évolué. Mais je sais par contre, pour le vivre au quotidien, que ma qualité de vie ici, et celle de ma famille, a grandement diminué.
Je vis au cœur d’une communauté
dévitalisée et étant donné que, de la bouche même de notre préfet de MRC, une «  quinzaine  » (on ne connaît pas le chiffre exact) de nos 18 municipalités le sont, il y a de grandes chances que vous aussi ! Je n’ai plus de magasin d’alimentation où faire mes emplettes. Je peux donc me considérer fortunée d’avoir encore deux dépanneurs. Je n’aurai bientôt plus de banque locale où faire mes transactions. Je travaille dans une école qui, malgré le bon vouloir de tout un chacun, se vide au compte-gouttes depuis quelques années et les autres écoles de la région ne semblent pas se porter mieux.
Je pourrais miser sur une retraite tranquille au sein d’une population
vieillissante. Ma pharmacie locale, elle, est encore ouverte. Mais les soins de santé ne suivent plus. On délocalise les services, on délocalise les experts et on va bientôt me faire payer les frais d’un stationnement où je ne peux me rendre qu’en voiture puisque je n’ai aucune offre de solution alternative.
Et si je voulais miser sur la foresterie, – n’était-ce pas là notre expertise passée ? -, cela ne servirait sans doute qu’à remuer le couteau dans la plaie, à raviver des espoirs qui ne sont plus alors que notre bois s’en va vers les usines d’ailleurs qui, elles, ont su rester ouvertes, malgré la crise. Notre main-d’œuvre elle-même doit se former ailleurs et quand bien même ce serait pour revenir, si l’intention est là, faut-il encore qu’il y ait de l’emploi!
Bref, même si je nous le souhaite plus qu’ardemment en ce début
d’année, j’ai peur que, dans trois ans, à l’heure du dépôt de bilan, le passé nous rattrape et le futur nous hante. Moi, ce que je voudrais vraiment, c’est qu’au présent, quelque chose change… définitivement !

Dominique Bomans est enseignante à l’école secondaire Sieur-de-Coulonge.
Elle y enseigne principalement le français.