Les réformes de la santé annoncées (encore!)

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Maryam Amini et Carl Hager

QUÉBEC – Le ministre de la Santé du gouvernement Legault, Christian Dubé, a annoncé le 29 mars un montant sans précédent de huit milliards et demi de dollars pour réformer la façon dont les services de santé sont dispensés au Québec.

Les 50 mesures qui seront mises en œuvre sont décrites dans un document de 80 pages. L’objectif est d’offrir “des services de santé de première ligne rapides”. En outre, le gouvernement veut améliorer les conditions de travail des employés, notamment celles des infirmières.

Depuis de nombreuses années, les Québécois sont confrontés à de longs délais d’attente dans les salles d’urgence, à une pénurie dramatique de médecins de famille (près de 1 000 000 de personnes dans la province n’ont pas de médecin de famille) et au report de chirurgies électives. Les réformes visent à éliminer tous ces problèmes.

Le modèle visant à réduire les temps d’attente aux urgences comprend la mise en place de postes de commandement, reliés aux urgences afin de diriger rapidement les patients entrants vers des zones de test et d’autres services. L’objectif est que les patients soient vus en 90 minutes maximum. Le Dr John Wootton, directeur du Groupe de médecine de famille du Pontiac (GMF), estime que ce modèle sera plus utile dans les villes où les attentes sont plus longues. « Dans le Pontiac, nous avons deux salles d’urgence : une à l’hôpital et une au CLSC de Mansfield. Les attentes ne sont pas aussi longues qu’en ville. Cependant, l’objectif semble un peu irréaliste : nous ne pouvons pas garantir une attente de 90 minutes. Imaginez qu’il n’y ait qu’un seul médecin disponible. Il ou elle ne peut pas traiter les patients aussi rapidement », a-t-il commenté.

Le gouvernement propose que les personnes sans médecin de famille aient accès à un service appelé GAP (guichet d’accès à la première ligne). Les patients qui n’ont pas de médecin de famille peuvent appeler une ligne téléphonique où une infirmière les oriente vers le service médical approprié, qu’il s’agisse de consulter un médecin ou de les orienter vers une autre méthode de soins. Joanne Romain, la propriétaire de la Lotus Clinic de Shawville, a déclaré au Journal que ce service ne fonctionne pas encore bien. Elle a ajouté que, dans le Pontiac, les patients qui n’ont pas de médecin de famille peuvent déjà obtenir un service en appelant la clinique ou en prenant un rendez-vous en ligne. « Les rendez-vous sont généralement donnés dans les 48 heures », a-t-elle ajouté.

Le Québec veut également embaucher jusqu’à 1 000 infirmières de plus, promettant d’augmenter les salaires et de supprimer les heures supplémentaires obligatoires. Le Dr Wootton affirme que c’est un bon début, puisqu’il y a une pénurie d’infirmières dans le Pontiac. « La plus grande raison de notre pénurie d’infirmières est démographique. Le bilinguisme rend difficile le recrutement d’infirmières et nous sommes à la frontière avec l’Ontario, donc il y a une compétition pour les embaucher et des salaires plus élevés.

Cependant, un plus grand nombre d’infirmières sera une bonne chose pour nous, si cela se produit. »

Le gouvernement prévoit de modifier le mode de rémunération des médecins de famille, en passant d’une rémunération à l’acte à une rémunération au patient, afin d’inciter les médecins à prendre plus de patients. Le Dr Wootton estime que ce système, appelé capitation (paiement d’un montant fixe par patient et par unité
de temps) est une bonne mesure. « Toutefois, nous avons encore besoin de plus de médecins pour pouvoir offrir un service à tous les patients », a-t-il ajouté.

Le plan prévoit également de renforcer les alternatives pour les soins de première ligne, notamment en donnant aux infirmières praticiennes, aux auxiliaires médicaux et aux pharmaciens plus de pouvoir pour traiter les patients. « Parfois, il n’est pas nécessaire de se rendre chez un médecin. Les gens devraient savoir que parfois une infirmière peut les aider », a déclaré le Dr Wootton. En ce qui concerne la résorption de l’arriéré des chirurgies électives, le gouvernement dit qu’il va augmenter le recours aux établissements du secteur privé qui travailleront en collaboration avec Medicare.

Le Dr Wootton a affirmé que cela se fait déjà dans certaines régions du Canada et que c’est différent des soins de santé privés aux États-Unis, car ils sont couverts par le gouvernement et sont gratuits pour le patient.

Les réactions aux plans de réforme sont mitigées et provisoires. Les médecins généralistes du Québec souhaitent que le gouvernement renforce sa première ligne de soins et s’inquiètent de l’augmentation des départs à la retraite de médecins et des postes vacants dans le réseau. Avec les élections provinciales qui se profilent à l’horizon, les sceptiques ont tendance à croire que l’annonce a plus de style que de substance. Le Dr Wootton estime que ces réformes vont dans la bonne direction. « Bien que la situation ne soit pas aussi critique dans le Pontiac, l’égalité d’accès est importante et nous devons y travailler. »