Les réductions d’impôts de Legault profiteront aux riches, selon des chercheurs

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Tashi Farmilo

QUÉBEC – Le gouvernement de la CAQ du premier ministre Legault a annoncé dans son budget 2023 un nouveau plan de réduction des taux d’imposition sur le revenu des particuliers – pour la troisième fois en cinq ans. Les réductions d’impôt proposées entreront en vigueur en 2023 et devraient coûter au gouvernement 1,8 milliard de dollars par an, ce qui représente une baisse de 4,1 milliards de dollars des recettes publiques au cours des cinq prochaines années. Selon une étude de l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) – un organisme statistique financé par le gouvernement – ces réductions d’impôts profiteront davantage aux personnes les plus riches de la province qu’à celles dont les revenus sont plus faibles.

Selon l’étude de l’IRIS, les personnes gagnant jusqu’à 100 000 dollars par an bénéficieront d’un allégement fiscal d’un peu plus de 800 dollars par an, tandis que celles qui gagnent 50 000 dollars n’économiseront que 328 dollars, ce qui signifie essentiellement que les contribuables dont les revenus se situent dans la tranche d’imposition la plus basse, qui représente 35 % de la population québécoise, ne bénéficieront d’aucun gain. Guillaume Hébert, chercheur à l’IRIS et co-auteur de l’étude, a exprimé son inquiétude en déclarant que « ces réductions d’impôts profiteront à ceux qui n’en ont pas besoin ».

Moins de recettes fiscales = moins de services sociaux

M. Hébert craint que ces réductions ne fassent baisser les recettes de l’État, argent qui pourrait être utilisé pour fournir ou renforcer les services à la population, en particulier dans les domaines de la santé et de l’éducation.

Le gouvernement du Québec a entrepris une réduction continue de ses propres recettes fiscales au cours des deux dernières décennies, sapant ainsi les missions sociales du gouvernement. Cela est conforme à l’idéologie conservatrice de la CAQ, qui favorise la privatisation des soins de santé et des services éducatifs.

Le redressement du système éducatif et l’amélioration de l’accès aux soins de santé nécessiteront des investissements considérables au cours des prochaines années, et Pierre-Antoine Harvey, un autre chercheur de l’IRIS et co-auteur de ce rapport, a prévenu que ces coupes pourraient avoir un impact significatif.

Le Parti libéral d’opposition a critiqué l’augmentation trop faible des dépenses de santé prévues par le gouvernement. André Fortin, député du Pontiac et porte-parole de l’opposition en matière de santé, a déclaré : « Il sera de plus en plus difficile d’offrir aux Québécois la qualité de soins qu’ils méritent. Avec des augmentations aussi minimes du budget de la santé, il sera très difficile d’attirer des gens avec les conditions de travail que nous pouvons offrir. » Il a également souligné l’importance d’améliorer le crédit d’impôt pour la solidarité afin d’aider ceux qui en ont le plus besoin, ajoutant que les projections du budget doivent être basées sur des prévisions économiques réalistes, et non sur des lunettes roses.

Un ralentissement économique est attendu

Ces propositions de réduction interviennent également dans un contexte d’incertitude économique, le Québec risquant d’être confronté à un ralentissement économique au cours des prochains mois. Alors que le pic d’inflation semble être derrière nous, le ministre des Finances lui-même a estimé à 50 % les risques d’une récession en 2023. Le chercheur Hébert a prévenu que « priver le Québec de sommes importantes pour augmenter le pouvoir d’achat des ménages riches est déjà très discutable en temps normal ; à l’approche d’un ralentissement économique ou même d’une récession, une telle baisse d’impôt est clairement irresponsable. »