Les forêts du Pontiac ne reçoivent pas leur juste part

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André Macron


André Macron

LITCHFIELD, le 27 février 2014 – « Comparativement à la superficie forestière, pour des raisons historiques, des régions comme celle du bas du fleuve reçoivent beaucoup plus que le Pontiac. L’Outaouais ne reçoit pas, de la part du gouvernement, sa juste part », déclarait M. Victor Brunette, directeur de l’Agence des forêts privées de l’Outaouais. « Ces choix sont essentiellement politiques », précisait-t-il encore. Plutôt que de se baser sur des paramètres politiques, les partenaires régionaux demandent de revoir le partage en fonction du capital forestier productif, soit les 8, 3 % de forêt productive que représente la forêt privée de l’Outaouais.
À l’époque de Smurfit Stone, les prix étaient bien plus avantageux qu’aujourd’hui. En effet, en 2005, les producteurs forestiers recevaient plus de 30 $ par m3 en droits de coupe pour les résineux et 18 $ par m3 pour les feuillus. Le transport du bois, puisqu’il était directement dirigé vers l’usine de Smurfit Stone, coûtait beaucoup moins cher et le revenu pour l’ensemble des producteurs était de 4 386 000 $.            À cette époque, les revenus des producteurs étaient équivalents à 4 fois le fardeau fiscal.
Huit ans plus tard, les avantages ont bien diminué. Le revenu de l’ensemble des producteurs est de moins de 1 000 000 $. Les prix de transport et de la récolte ont fortement augmenté et le prix au mètre cube est beaucoup moins intéressant qu’auparavant. Seulement 92 000 mètres cubes ont été vendus en 2013 contre 250 000 mètres cubes en 2005. Aujourd’hui, les usines achètent moins de bois provenant des forêts privées puisqu’elles en obtiennent aussi des forêts publiques à bon marché. Découlant de l’ensemble de ces nouvelles données, les coupes ne représentent plus que 20 % seulement de la capacité de coupe forestière annuelle à rendement soutenu pour la MRC.
Pour la MRC de Pontiac, le total des subventions des programmes de l’Agence est de 600 000 $ annuellement et le total des revenus des propriétaires forestiers se situe autour de 900 000 $ annuellement depuis 2009, tandis que le fardeau fiscal des lots privés qui produisent ce bois est de l’ordre de 1, 856 M$. Bref, l’écart est  important. « La totalité des revenus nets du bois récolté ne permet même plus de couvrir les frais des taxes municipales et scolaires des producteurs. Ce ne sont tout de même pas les chevreuils ou les touristes qui vont payer ces taxes », déclare M. Brunette, visiblement déçu par la situation.
Quand la forêt privée du Pontiac coupe 65% moins de bois qu’en 2005, c’est aussi un manque à gagner de quelque 200 000$ en moins en contributions industrielles dans un fonds géré par l’Agence des forêts privées, somme qui est normalement     réinvestie en travaux sylvicoles dans le Pontiac. Selon M. Brunette, ce ne sont pas  les gens de la ville, qui ne sont pas des   résidents du Pontiac, qui vont payer les taxes à moyen ou long termes. Ils sont plutôt là pour la spéculation et sont peu intéressés par la récolte de bois. 
« Nous vivons dans une région forestière dans la MRC la plus pauvre      du Québec  et nous dépendons encore du secteur forestier pour assurer notre avenir. Nous pourrions être autonomes, et nous devrions pouvoir compter sur les revenus des boisés  pour faire vivre nos familles.     Le faible niveau de récolte, la profitabilité de la récolte et le haut niveau de taxes ne nous le permet pas. Nous sommes souvent forcés de couper plus de bois qu’il n’en pousse, plus que ce que la capacité forestière de coupe de nos boisés nous  permet de faire afin de nous assurer les revenus qui couvriront les frais bancaires, l’entretien des chemins et les taxes. Le  contexte n’est guère encourageant en matière de développement durable puisqu’il nous faut parfois couper tout un lot forestier  pour assurer notre survie immédiate », concluait M. Victor Brunette, dans l’espoir que la situation s’améliore dans un futur proche.
Si l’Agence des forêts privées de l’Outaouais recevait sa juste part des  budgets provinciaux dévolus à la forêt privée, elle pourrait stabiliser les 200 emplois saisonniers pour les travailleurs forestiers qu’elle génère déjà. Elle pourrait également  créer 200 nouveaux emplois  dans le secteur rural et forestier, là où le taux de chômage est le plus élevé. C’est notamment le cas des MRC les plus       pauvres du territoire québécois,          notamment celui de la MRC de Pontiac.