Les déchets nucléaires de Chalk River

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En 1943, l’année de ma naissance, des plans ont été élaborés pour construire la centrale nucléaire de Chalk River. Plus tard, un isotope médical fabriqué à Chalk River serait nécessaire pour me soigner.

En 1943, l’année de ma naissance, des plans ont été élaborés pour construire la centrale nucléaire de Chalk River. Plus tard, un isotope médical fabriqué à Chalk River serait nécessaire pour me soigner.
En 1952, l’année du plus grand accident nucléaire de l’histoire du Canada, nous avons campé, pêché, nagé et bu du lait de vache frais à portée de vue des cheminées de Chalk River.
Lorsque mes trois fils étaient petits, j’ai remarqué une bosse dure à l’avant de mon cou. Le médecin m’a diagnostiqué un cancer de la thyroïde et m’a dit que c’était un cancer facile à traiter chez les femmes, que je m’en sortirais bien. Il m’a fallu un an pour me remettre de la plus forte dose de radiation autorisée pour détruire ma glande thyroïde.
Le long de notre demi-kilomètre de rivage, à trois kilomètres en contrebas de la centrale nucléaire, il y avait peu de chalets à l’époque et les propriétaires venaient des États-Unis et de divers endroits en Ontario et au Québec. Il n’existe pas de statistiques sur les cancers. Trois de mes voisins de plage ont développé un cancer de la thyroïde, une autre voisine a eu un cancer de l’ovaire et de la thyroïde. Mon plus vieil ami et voisin a souffert de quatre types de cancer non apparentés. Il y a désormais plusieurs autres cas.
Les habitants des chalets savent que le sol bouge près de Chalk River. Je me
souviens de m’être réveillée à plusieurs reprises au son des cliquetis de vaisselle et d’avoir senti le sol bouger sous ma tente. Nous sentons aussi les secousses causées par les explosions provenant de la base militaire de Petawawa. Les vols d’entraînement vrombissent au-dessus de nos têtes et les armes à feu résonnent. Par le passé, des fenêtres se sont fissurées. Pourquoi construire un réacteur nucléaire ou un monticule en surface pour les déchets nucléaires dans une zone sismique,
sur une ligne de faille, près d’une base militaire, sous le barrage Des Joachims ou en bordure d’une rivière importante?
Pourquoi construirait-on une mégadécharge permanente, de la taille de 400 piscines olympiques, qui pourrait éventuellement être abandonnée et qui pourrait facilement être endommagée?
Les déchets nucléaires résultant d’accidents et d’utilisations antérieures sont encore enfouis dans le sable et se déversent dans la rivière. Le nettoyage n’est-il pas la priorité, en attendant de trouver une solution plus durable et plus sécuritaire?
Pourquoi compromettre davantage la santé des Canadiens alors que les dommages sont déjà si dévastateurs?

Georgina Bartos
OTTAWA