Le Pontiac s’adresse au gouvernement

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Michael McCrank


Michael McCrank

CAMPBELL’S BAY, le 19 août 2013 – Nous reprenons ci-dessous l’intégralité du discours prononcé par Michael McCrank, préfet de la MRC de Pontiac, lors d’une conférence de presse organisée le 19 août dernier. Rappelons que cette conférence de presse marquait la vive opposition de la MRC au démantèlement par la compagnie CN du réseau ferroviaire joignant le parc industriel de Portage-du-Fort à la capitale nationale. Plus d’une centaine de personnes étaient présentes pour manifester leur mécontentement et soutenir l’action de la MRC. Vous trouverez de plus amples informations concernant les derniers événements dans cette parution.
« M. Steven Harper, Premier Ministre du Canada, Mme Pauline Marois, Première Ministre du Québec, M. Claude Mongeau, président-directeur général du Canadien National, le Pontiac s’adresse à vous aujourd’hui.
Depuis la crise forestière qui a frappé durement le Pontiac en 2008, notre région n’a pas encore pu se remettre de ces pertes. Elle n’est pas la seule région en crise, nous le savons. Mais depuis la fermeture de la papetière Smurfit-Stone, nous mettons tous les efforts nécessaires pour trouver des solutions, sans que les gouvernements ne se soient encore impliqués dans nos dossiers. Aujourd’hui, c’est assez ! Cette bataille que nous livrons dépasse largement la préservation d’un simple rail. C’est celle d’une région entière qui lutte pour sa survie.
Après la crise forestière, le gouvernement s’est impliqué dans la relance de papetières en Outaouais et au Témiscamingue. Dans le Pontiac, nos moulins, nos usines et notre papetière ont fermé, sans que le gouvernement n’intervienne à aucun moment.
En transport,  des millions de dollars ont été investis en Outaouais dans des infrastructures routières comme l’autoroute 5 ou l’autoroute 50. Dans le Pontiac, non seulement nous n’avons pas d’autoroute mais en plus, après de multiples démarches, y compris la demande d’adoption d’une loi spéciale, la route 148 du Pontiac n’est toujours pas incluse dans le réseau routier stratégique du Québec, nous empêchant de doter le Pontiac d’infrastructures touristiques officielles.
En tourisme, l’Outaouais a été désignée « porte d’entrée du Québec » dans les plans de développement touristique de la province. Le gouvernement fédéral a déposé des plans de reconstruction du pont à L’Isle-aux-Allumettes. À ce jour, le gouvernement du Québec ne s’est pas encore impliqué dans le dossier pour défendre les intérêts du Pontiac ou de la province.
Les rivières du Pontiac sont dotées de cinq grands barrages hydroélectriques dont l’électricité produite est majoritairement distribuée en Ontario, sans que les sociétés d’État ne reversent à notre région une contribution quelconque pour l’exploitation de nos ressources naturelles.
Pourtant depuis trois ans, nous luttons sur tous les fronts pour positionner le Pontiac. Notre vision d’avenir nous amène aussi à nous positionner dans un développement durable pour que nos enfants aient la chance de grandir dans une région qui a su se développer avec les technologies et les infrastructures de l’avenir.
Le démantèlement du rail n’a pas seulement un impact sur le parc industriel. Bien que CN vante sur son site Internet son support dans les actions environnementales, il accepte, en démantelant les voies, d’augmenter le niveau de pollution de l’air en encourageant l’usage des camions de transport plutôt que le rail. Le gouvernement du Québec lui, accepte non seulement d’augmenter le risque d’accidents sur la route mais il prouve aussi qu’il ne souhaite pas se doter d’une vision de lutte contre le réchauffement climatique tel que discuté dans le protocole de Kyoto.
Le Pontiac est visionnaire. La Chine, l’Europe et les États-Unis basent leurs développements industriels sur le rail et le ferroutage. Au Canada, et au Québec, on démantèle les voies ferrées. Bombardier, une des plus grandes compagnies de production de trains au monde, dont le siège social est au Québec, doit se tourner vers l’exportation car sa propre province et son pays ne sont pas assez visionnaires pour préserver et encourager le développement du rail sur leur territoire. Le Pontiac ne se bat pas pour préserver les intérêts d’un petit groupe d’intéressés. Il ne fait que se positionner dans un monde en développement où les régions et les pays qui réussiront à se démarquer seront ceux qui auront su garder leur chemin de fer.
En préservant notre rail, nos industries pourront transporter leurs marchandises à Ottawa en seulement 45 minutes, et rejoindre de là l’ensemble du réseau ferroviaire nord-américain. J’invite les gouvernements et le président de CN à revoir leur carte de géographie. Ils constateront que le Pontiac n’est pas  un cul-de-sac.
Je voudrais m’adresser aux actionnaires de CN maintenant. Le 12 décembre 2012, M. Bill Gates a augmenté ses parts dans le Canadien National, pour une valeur qui équivaut maintenant à 4.7 milliards de dollars. M. Gates est lui-même à la tête d’une fondation qui, je la cite, « croit que chaque personne mérite la chance d’avoir une vie saine et productive ». M. Gates, c’est ce que la communauté du Pontiac essaie de faire et j’espère que vous allez nous permettre et nous accompagner dans la réalisation de notre rêve.
M. Harper, Mme Marois, nous ne vous demandons pas d’augmenter les assistances sociales ou de chômage dans notre région. Nous voulons seulement que vous deveniez des partenaires actifs et sans faille auprès d’une région qui veut être maître de son destin. M. Mongeau, nous ne vous demandons pas de comprendre la réalité des régions rurales du Québec et du Canada.
Nous vous demandons par contre d’avoir le courage de doter votre entreprise d’une vision de développement durable.
Ainsi donc, la MRC de Pontiac demande :
– au gouvernement fédéral : 1) d’adopter un moratoire pour maintenir la voie ferrée reliant Ottawa au parc industriel du Pontiac; 2) que les Agences internationales de développement mandatées par le gouvernement fédéral fassent la promotion du Pontiac, entre autres, son parc industriel relié à la capitale nationale par le transport ferroviaire;
– au gouvernement du Québec : 1) de créer un fonds d’investissements d’importance, réservé au Pontiac, dans le but de redéployer les commerces et les industries dans le secteur du Pontiac afin de lutter contre les fuites économiques majeures vers la province limitrophe de l’Ontario; 2) d’aider le Pontiac à faire connaître ses ressources, son infrastructure ferroviaire et son potentiel d’accueil d’industries par le biais de ses bureaux internationaux d’investissement Québec;
–  au Canadien National : 1) d’arrêter le démantèlement de la voie ferrée entre Ottawa et le parc industriel du Pontiac; 2) de proposer des tarifs honnêtes et compétitifs pour le rachat ou la remise en service de la ligne; 3) de réviser auprès de ses actionnaires, et non pas auprès de son personnel administratif, leur volonté d’aider le Pontiac dans sa reconstruction économique;
–  à ces trois parties : de négocier un fonds afin de compenser le déficit opérationnel de la ligne lors de la période de redéveloppement du secteur industriel et manufacturier du Pontiac et des communautés traversées par la voie ferrée, tant au Québec qu’en Ontario;
–  à Bill Gates, actionnaire : 1) d’envoyer un note au président-directeur général de CN, M. Claude Mongeau, basé à Montréal, pour qu’il maintienne la voie ferrée; 2) d’évaluer la possibilité d’investir dans le parc industriel du Pontiac.