« La vérité est si obscurcie en ces temps et le mensonge si établi qu’à moins d’aimer la vérité on ne saurait la reconnaître. » (Blaise Pascal)

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André Macron


André Macron

Le journaliste a mauvaise presse et en cela, je ne fais pas exception. Et pourtant, le journaliste n’est qu’un pion reflétant par ses coups, bons ou mauvais, ce que la société lui confie en secret. Si le message plaît, le journaliste sera encensé, remercié ou tout simplement ignoré. Si le message déplaît, tels les bourreaux d’autrefois exécutant une sentence donnée, il sera placé au ban de la société et peu importe qu’il dise la vérité !
En fait de vérité, il m’est arrivé plusieurs fois, durant les dernières années, de vouloir la dévoiler, n’obtenant en retour que très peu de considérations sur la façon d’exercer mon métier. Il m’est arrivé de nombreuses fois par le passé de me poser des questions sur la pertinence de mes interventions, sur les principes déontologiques sous-tendant l’exercice d’une fonction aussi controversée que celle d’ « informateur public ». Et c’est ainsi qu’après quelques années, je constate avec effroi, aujourd’hui plus que jamais, que « toute vérité n’est plus bonne à dire ».
J’ai compris, à force d’y être confronté, qu’une vérité présente souvent de multiples facettes selon le point de vue de celui qui l’énonce. J’ai compris aussi qu’un article, souvent, sert à mettre en lumière la vérité sous toutes ses facettes, au lecteur alors le loisir de juger ! Le journaliste malhonnête présentera toujours une vérité biaisée, exposant aux yeux du public, l’unique facette de son point de vue. Et celui-là, il est de bon ton de s’en méfier ! Pourtant, si l’honnête journaliste tente tant bien que mal de dire la vérité, toute la vérité, son sort sera aussi peu enviable que celui de son homologue frauduleux; il se fera huer et critiquer sur la place publique par ceux qui ne partagent pas l’ensemble des points de vue présentés.
Aujourd’hui, plus que jamais, le journaliste est l’otage d’une vérité amère qu’il ne faut jamais dire et des nombreux mensonges qui flattent et qui rassurent. Son rôle consisterait à reprendre mot pour mot les paroles des communiqués qu’il en serait grandement facilité et certainement plus apprécié. Au-delà de cela, malheureusement, ce sont d’autres critères qui, aujourd’hui, guident la plume de celui qui écrit. Critères budgétaires alors que la plupart des médias d’aujourd’hui fonctionnent à coûts de subventions ou d’annonces publicitaires… Critères démagogiques alors que vous offrez au monde ce qu’il attend tout simplement, rondement mené par des politiciens qui, eux, n’en attendent pas moins de vous… Critères populaires alors que vous cherchez à plaire… au plus offrant évidemment ! Parce qu’ « on avale à pleine gorgée le mensonge qui nous flatte et que l’on boit goutte à goutte une vérité qui nous est amère. » (Denis Diderot)
Il reste cependant qu’aujourd’hui plus que jamais, je me pose encore des questions sur la façon la plus intègre d’exercer la profession. Et s’il m’arrive parfois d’y céder, j’essaie encore de résister aux pressions d’une société dont le journaliste ne fait qu’esquisser le portrait. Et si le texte vous déplaît, c’est peut-être qu’à votre goût, il contient un peu trop de vérités.