Vivre en français dans le Pontiac : mythe ou réalité ?

0
18

Domanique Bowmans
Éditorialiste Invitée
Guest Editorialist


Domanique Bowmans
Éditorialiste Invitée
Guest Editorialist

C’est bien connu, il vaut mieux ne pas parler sexe, religion ou politique afin d’éviter tout conflit, mais cet accord implicite que tout conflit se résout ainsi en le taisant me dérange… grandement dernièrement alors que j’avais décidé, depuis un bon moment déjà, d’éviter un sujet particulier et toujours chaud de l’actualité
« pontissoise » : la langue, ma langue et celle de tas d’autres personnes vivant avec moi dans le Pontiac. Je ne parle donc ni de sexe, ni de religion, mais il est certain que je parle de politique parce que, même si je ne le voulais pas, s’exprimer en français, ici, dans le Pontiac, devient un acte hautement politique. J’ai parfois l’impression de commettre un véritable attentat verbal.
Pourtant, alors que Madame Jane Toller, préfète de la MRC de Pontiac, soutient depuis ses débuts le bilinguisme de  notre belle région, précisant à ceux qui veulent encore le croire qu’elle souhaite devenir bilingue, mais déclarant à ceux qui l’écoutent : « anyway, everybody understands English here », mettant l’accent sur l’importance du développement du bilinguisme, mais oubliant que le concept suppose en fait qu’il y ait deux langues parlées, deux langues écrites, deux langues traduites, Jane Toller donc, et tous les francophones qui ont décidé qu’assimiler une seule langue était plus facile que de parler leur langue, me semblent avoir une vision très rigide et monolingue de la réalité linguistique du Pontiac, une vision quelque peu rétrograde au regard de la réalité plurilingue du monde actuel.
Ici, je marche sur des coquilles d’œufs déjà brisées. Je ne trouve aucun moyen de lancer délicatement le message que de vous expliquer d’où je viens. Dans mon pays d’origine, le bilinguisme (en fait, le trilinguisme) est un fait comme ici. Il n’y pas de concept de « minorités linguistiques », mais cela ne veut pas dire que les deux langues s’entrecroisent dans une parfaite harmonie. « Hier, Vlaamse gemeente » (« Ici, commune flamande »), voilà ce que mes voisins avaient affiché sur leur boîte aux lettres pour bien faire comprendre à tous les francophones qu’ils n’étaient pas les bienvenus. Je viens cependant d’une famille exogame comme beaucoup d’entre vous ici, mon père, mes oncles et mes tantes parlent néerlandais, mais c’est en français que j’ai été élevée et que j’ai choisi de vivre ma vie.
Lorsqu’au dernier conseil des maires de la MRC de Pontiac, un seul d’entre eux a parlé français, que Gabriel Lance a prononcé son discours d’au revoir en anglais, que Régent Dugas nous a parlé des ponceaux du Pontiac en anglais, alors que je me demandais où le traducteur se trouvait, aujourd’hui je me demande surtout comment vanter le « bilinguisme » auprès de mes élèves, un bilinguisme qui
suppose l’envie de rencontrer l’Autre, au risque de s’y confronter parfois, pour mieux dépasser le rapport de domination de l’un sur l’autre, de quelque côté que ce soit. Aujourd’hui, ce que je vois, c’est que ce bilinguisme-là, dans le Pontiac, ne m’inclut pas. Même si Madame Jane Toller en parle de temps en temps… en français.