Une rentrée sous le signe de l’anxiété

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Domanique Bowmans
Éditorialiste Invitée
Guest Editorialist


Domanique Bowmans
Éditorialiste Invitée
Guest Editorialist

 « Ça va bien aller ». Qu’on se répète mille fois cette devise de l’été, cela n’empêche pas les parents, les élèves, les enseignants et toutes les personnes qui gravitent au sein des milieux éducatifs de ressentir une certaine anxiété à l’idée de la rentrée. En temps normal, cette fébrilité des premiers jours est plutôt bien accueillie alors que le calme s’installe au fur et à mesure que les premières heures sont franchies. Mais là, je ne sais qui, de l’enseignante ou de la maman, parle ici, mais je sais que tout ce tintamarre organisationnel autour de la rentrée, pour préserver la santé physique de nos enfants, laisse peu de place pour prendre en
compte leurs émotions et leurs aptitudes psychologiques à recommencer une année dans de telles conditions.
Alors que, par la force des choses, j’organisais « l’école à la maison » de mes enfants, alors que je branchais mon aîné sur l’une de ses premières réunions Teams pour être bien certaine qu’il prenne en main son éducation, je n’ai pas pu m’empêcher de lire les messages de ses camarades de classe qui, avant que leur cours ne commence, partageaient allègrement leurs questions auxquelles personne ne semblait avoir de réponses et qui se transformaient dès lors en commentaires, parfois douteux, sur les capacités de l’école de répondre à leurs besoins. Le tout se terminait finalement par l’intervention de l’enseignante précisant aux jeunes qu’il ne s’agissait pas d’une plateforme d’interactions privées et qu’il valait mieux qu’il fasse attention à ce qu’ils disent. Le seul moyen d’exorciser ensemble leur angoisse, c’était de se fermer les yeux à l’autre réalité, alors que, dans un monde où tout va bien aller, certains ressentent plus que d’autres le fait que ça va mal et ne parviennent plus à relativiser.
On parle beaucoup de gérer la maladie et ses effets qui nous tombent dessus sans crier gare. On parle de vaccins, de masques et de distanciation sociale; on parle de nouvelles modalités d’enseignement; on parle même d’opportunités; on dit et on martèle partout, jusque dans le bas de nos courriels, que ça va bien aller et on regarde, avec espoir, l’arc-en-ciel se dresser haut dans le ciel, après la nième alerte-tornades de l’été, petit rappel que les changements climatiques sont toujours d’actualité. Mais, alors que dans toute gestion de crise, c’est le tissu social qui permet souvent de se relever; ce dernier est mis à mal. Gérant la crise aigüe de santé physique, il reste peu de temps pour la santé mentale.
Ce n’est pas seulement le virus qui a tué nos aînés; c’est cet isolement dans lequel nous les avons plongés, cet aveuglement à prendre en compte leur réalité. Si ça peut bien aller pour nos enfants, c’est parce que l’on pourra prendre en considération cette actualité qu’on leur demande d’éviter, mais qu’ils vivent à longueur de journée. Portant le masque ici, mais pas là, se gardant à un mètre, un àmètre cinquante ou deux mètres de distance, se réfrénant d’aller visiter
leurs amis d’un groupe qui n’est plus le leur, mais qui l’était avant, revient à la
maison, son masque sous le bras et sa boule d’angoisse dans l’estomac.