Triste célébration

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Ils ont imposé le système d’élection du chef et du conseil. Ils ont refusé leur plein statut aux femmes. Ils ont créé des territoires réservés. Ils ont exproprié pour des travaux publics. Ils ont renommé les individus. Ils ont instauré un système de permis pour contrôler la vente des produits de leurs fermes. Ils leur ont interdit la vente de boissons alcoolisées. Ils ont déclaré illicites les assemblées populaires et cérémonies culturelles. Ils ont contraint les gens à ne quitter leur territoire qu’avec la permission d’un fonctionnaire. Ils ont créé des écoles et des pensionnats. Ils ont interdit aux jeunes de parler leurs langues maternelles et de pratiquer leur religion traditionnelle. Ils ont interdit aux individus de se présenter à des événements publics en habit traditionnel. Ils ont loué des parties non cultivées du territoire à des étrangers. Ils ont interdit de former des organisations politiques. Ils ont interdit d’amasser des fonds pour engager des conseillers juridiques. Ils ont obligé les propriétaires des salles de jeux à leur en interdire l’entrée. Ils leur ont refusé le droit de vote.

Assimilation forcée ? Génocide culturel ? Imaginez que ce soit vous, vos proches, votre communauté… Il s’agit, à travers ces actions, de faire disparaitre une singularité ; de faire « disparaitre l’Indien ».

Ce ne sont que quelques-unes des mesures parmi les 124 articles de la « Loi sur les Indiens ». Ces mesures se sont échelonnées de 1876, 1880, 1882, 1884, 1886 ou 1927 à 1951, 1960, 1981, 1985, 1996 ou 2014. La première série correspond aux ajouts, chacun « encarcanant » un peu plus les « sauvages » au nom d’une « civilisation » jugée supérieure. La proclamation royale de 1763 a jeté les bases de à la relation coloniale qui déterminera la suite de l’histoire. Encore aujourd’hui, n’est-il pas facile de se sentir meilleur que le voisin, surtout si nous ne le connaissons pas vraiment ? La deuxième série indique des modifications qui ont allégé le fardeau pesant sur les Premiers peuples. Plusieurs restent en vigueur.

Moi, arrivé comme immigrant il y a 21 ans, je ne comprends toujours pas comment on peut maintenir un tel archaïsme toxique. Comment les nouveaux arrivants — dont un quart de la population est arrivé après 2000 — pourraient-ils saisir l’ampleur du phénomène ? Peut-être vaut-il mieux préserver la mémoire de cette tache morale indélébile, une manière de renvoyer la majorité allochtone à sa faute originelle. Mais avant cela, il faut comprendre, connaitre : c’est le travail de « vérité ». Ensuite, discuter des moyens de réparer, pour un jour peut-être aboutir à la « réconciliation ». Et il doit y avoir un prix : pas seulement des excuses publiques, mais aussi des mesures politiques visant à soigner les traumatismes et à redonner une véritable autonomie décisionnelle et gouvernementale. Hors de cela, point de salut, seulement la honte.