Système de santé: un virage à 180 degrés est encore possible

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Tandis que la nécessité d’une refonte du système de santé semble faire consensus, la création de Santé Québec s’inscrit en continuité des réformes mises en place depuis 1990 et risque de répéter les erreurs passées. Selon l’étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques publiée aujourd’hui (IRIS), le gouvernement doit rompre avec le modèle de gestion privilégié des deux dernières décennies et prendre plutôt exemple des CPE qui offrent des services de garde de grande qualité en raison du contrôle donné aux communautés locales.

« C’est un renversement de ces tendances centralisatrices dont le réseau a besoin, pas leur approfondissement », signale Myriam Lavoie-Moore, chercheuse à l’IRIS et autrice de l’étude.

Une « réforme » qui imite les erreurs des vingt dernières années

La réforme Dubé accentuera la centralisation de la structure organisationnelle du système de santé entraînée par les réformes passées. En effet, le remplacement des dernières instances de décisions locales par des gestionnaires aura pour effet d’augmenter de 8 % le personnel administratif cette année, qui avait déjà gonflé de 15 % depuis la réforme Barrette. L’ajout d’une agence centralisée intensifiera également le contrôle hiérarchique et quantitatif inadapté aux services publics et pouvant nuire à la rétention du personnel de clinique.

« Comme ses prédécesseurs, le ministre Dubé ne semble pas comprendre que notre système de santé n’est pas une usine d’automobiles et qu’imiter un modèle de gestion inspiré du monde des affaires n’améliore en rien son efficacité », soulève Lavoie-Moore.

Plus de pouvoir pour les communautés locales: un modèle qui a fait ses preuves

Les études internationales montrent qu’il existe d’autres options à la voie empruntée par les dernières réformes du système de santé. Un exemple québécois qui a fait ses preuves est celui des centres de la petite enfance (CPE) qui sont gérés localement et conjointement par les parents, le personnel et des membres de la communauté. Cette collaboration entre ceux qui fournissent les services et la communauté usagère explique la bonne capacité d’adaptation des CPE aux différents besoins et la qualité de leurs services.

« Le gouvernement gagnerait à s’inspirer de ces pratiques éprouvées qui redonnent du pouvoir à la population plutôt qu’aux gestionnaires. En contrepartie, la privatisation des soins de santé ne remédiera pas aux maux causés par la centralisation excessive du réseau puisqu’elle accentue le décalage entre les besoins des communautés et les services de santé qui leur sont offerts », conclue Lavoie-Moore.

IRIS – Institut de recherche et
d’informations socioéconomiques