Quand les rouages de la machine syndicale s’enraient

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Le 28 novembre dernier, alors qu’elle avait à peine effleuré du pied le sol de Dubaï, Magali Picard, la présidente de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), revenait d’urgence au Québec pour s’occuper – du moins, on l’espère, en tant que présidente d’un syndicat – du conflit de travail majeur opposant ici les travailleurs et les travailleuses à leur gouvernement. « Heureusement qu’on a des assurances annulation », précisait-elle avant de prendre l’avion.

C’est sûr que lorsque la présidente d’une organisation syndicale québécoise choisit de parcourir 10 400 kilomètres pour participer au Sommet sur le climat à Dubaï plutôt que de rester au cœur d’un conflit pour lequel son organisation est tenue, de par son mandat, de défendre les intérêts des travailleurs et des travailleuses québécois, il valait mieux qu’elle assure ses arrières. Dans quelle mesure les arrières ont-ils été assurés? C’est une question qui reste à poser, mais réjouissons-nous que l’équipe y ait pensé.

Ce qui préoccupe dans ce retour hâtif, ce n’est pas tant que Magali Picard soit revenue – et à quels coûts – mais bien qu’elle soit partie et que personne, de la présidente ou de son équipe, n’ait pensé que ce n’était pas une bonne idée. Ce qui est d’autant plus inquiétant, c’est qu’aujourd’hui encore, elle semble ne pas l’avoir réalisé. Alors que la présidente précisait à quel point ce qu’elle faisait n’était pas de tout repos, ayant condensé l’ensemble des ateliers auxquels elle était censée participer sur plus d’une dizaine de jours sur une semaine seulement, elle nous vantait sa capacité à prendre part, de jour, à la COP et, de nuit, aux négociations syndicales ainsi qu’aux entrevues. Avec Magali Picard, le mythe de Wonder Woman ne prenait pas une seule ride.

Dans d’autres pays, on s’affilie au syndicat de son choix ou on ne s’y affilie pas parce qu’être syndiqué ou pas, c’est un droit. Ici, vous avez le droit de ne pas être affilié, mais vous serez quand même tenu de payer votre cotisation. Le système n’est pas nécessairement meilleur ailleurs, mais il reste que les syndicats ne s’octroient pas tous les droits parce qu’ils savent que leurs syndiqués ont des choix. Si le syndicat est libre de faire comme bon lui semble, s’il n’a plus de comptes à rendre, s’il peut agir en toute impunité, le danger n’est-il pas qu’il ressemble d’un peu trop près au gouvernement qu’il combat? Il ne faut accepter l’aveuglement ni de l’un ni de l’autre. Quand vous serez dans la rue prochainement, que vous y brandirez vos pancartes de ralliement, n’oubliez pas que ce n’est pas à vous de vous battre pour votre syndicat, mais bien à lui de défendre vos droits, aussi sûrement que le gouvernement ne le fait pas.