La démocratie endormie (2)

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La semaine dernière, mon éditorial se terminait sur une question cruciale, suite à la tenue des élections présidentielles françaises. Le fait est que nos sociétés occidentales traversent une crise de confiance citoyenne et voient le spectre politique se « droitiser » en même temps qu’apparaissent de plus en plus de démocratures. Selon plusieurs, le véritable problème à moyen terme n’est pas tant le résultat des élections que le processus qui y mène ; la manière dont la démocratie s’exerce explique en partie le désintérêt des Français (et des Canadiens) pour les élections — même s’il est vrai que les citoyens peuvent participer à la vie démocratique d’autres manières. D’ailleurs les trois quarts des Français ont quand même voté… Mais la tendance lourde, comme ici, est à la baisse. Comment amener les jeunes et les personnes les moins éduquées à voter, ou plutôt à s’intéresser à la politique? Car tout est là, dans la motivation.

1) Ajouter de la proportionnalité au mode de scrutin, afin que les gens soient mieux représentés et reflète l’« offre » politique. « 1 voix, 1 vote », avec un suffrage direct au lieu de voter pour le candidat dans la circonscription, qui conduit à élire le parti dont il est issu, qui se choisit un chef, qui devient à son tour premier ministre (avec l’autorisation de la reine d’Angleterre !). Dernière tendance en Europe: les partis non traditionnels, qui ne cherchent plus à unir une diversité de classes sociales à travers un paradigme gauche/droite, mais qui comptent principalement sur le critère sociologique (la France d’en haut vs la France d’en bas ; les mondialistes contre les nationalistes). Au Canada, le système britannique est certes garant de stabilité, mais reflète peu les évolutions sociétales ; le NPD n’a jamais gouverné et les Verts peinent à atteindre 10 %.

2) Avoir des partis politiques capables de placer le bien commun au-dessus de leurs intérêts politiques, dans leurs relations entre eux (en France, un parti peut appeler à voter pour un autre parti) autant que dans l’exercice du pouvoir (ajouter de la proportionnelle au risque de perdre les élections suivantes, par exemple). C’est du leadership, mais également de la politique dans son sens le plus noble. On aurait moins de citoyens désabusés.

3) Avoir le courage d’aborder les sujets de fond en même temps que les préoccupations du moment. En France, au moment des élections, le coût de la vie et l’inflation qui viennent en premier dans les sondages, devant la guerre en Ukraine, la pandémie et la crise climatique. Or, les événements plus conjoncturels peuvent révéler le caractère et les idées des candidats ; avec la mondialisation néolibérale, les peuples ont perdu une grosse partie du contrôle qu’ils avaient sur leur destin dans les domaines de l’emploi, la santé, l’énergie… La pandémie de CoVid-19 ou notre dépendance aux énergies fossiles et aux produits importés le prouvent.

4) Consulter les citoyens plus souvent, avec des référendums d’initiative citoyenne, en faisant voter chaque année sur les sujets les plus pressants… Par voie électronique ou par téléphone.

Il n’y a pas de modèle parfait de démocratie, mais il est urgent de définir collectivement où commencent la tyrannie et le déni de démocratie. Telle est la problématique existentielle de nos sociétés aujourd’hui, à laquelle nous devons répondre au risque de connaitre un réveil brutal.