ERRATUM

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Dominique Bowmans
Éditorialiste InvitéE
Guest Editorialist


Dominique Bowmans
Éditorialiste InvitéE
Guest Editorialist

D’habitude, je ne relis pas mes textes une fois publiés dans le Journal, mais celui du 23 mai dernier, allez savoir pourquoi, je l’ai relu. D’habitude, on ne rédige pas un erratum pour une faute d’orthographe, mais dans le texte du 23 mai, ce n’est pas une, ce n’est pas deux, mais bien trois fautes d’orthographe que j’ai repérées. Drôle de coïncidence quand même alors que je m’apprête à vous livrer un texte
sur l’humilité. Alors, voilà, bien que j’aimerais mettre les fautes sur le compte de quelqu’un d’autre, il me faut aujourd’hui les assumer; je m’en excuse, mais je ne peux pas vous promettre de ne pas le refaire pour autant. Ainsi commence donc mon éditorial sur une bonne dose d’humilité.
La vantardise n’est pas l’un des sept péchés capitaux, et pourtant ? Je ne sais pas si c’est le déni de la religion, et par extension de certaines de ses valeurs, qui veut ça; je ne sais pas si c’est l’individualisme exacerbé qui en engendre la recrudescence; je ne sais pas si c’est le besoin inassouvi et insatiable d’être reconnu, mais je suis convaincue que la vantardise des autres
est l’un des pires fléaux de l’estime de soi d’aujourd’hui. Et comme l’estime de moi, de toi, de soi semble être sérieusementà la baisse, je me demande si nous n’y gagnerions pas à être plus modestes finalement.
Je vous conseille de regarder le film « L’Ascension ». C’est l’histoire d’un jeune de banlieue qui décide, du jour au lendemain et sans aucune expérience, de faire l’ascension (d’où le titre) du Mont Everest. Beaucoup de grimpeurs mieux équipés que lui, et dont l’expérience se mesure à l’air sérieux qu’ils arborent, lui feront sentir qu’il n’est pas de taille et pourtant, lui seul, accompagné de son sherpa, de son humour et de sa toute grande humanité (lire ici, humilité), atteindra le sommet de cette montagne mythique.
Moi, c’est des gens comme ça qui m’impressionnent ! Il ne porte peut-être pas l’équipement dernier cri qui lui donne l’air d’être l’expert. Il ne se vante pas de tout connaître. Il n’est pas de ceux qui écœurent le monde avec leurs exploits inaccomplis. Il n’est pas de ceux qu’on entend plus qu’on ne voit. Parce qu’il y aura toujours meilleur que soi, que toi, que moi, parce qu’il y aura toujours quelqu’un pour dépasser son, ton, mon exploit et que ce n’est pas, en fin de compte, ce qui est important.
L’important, c’est d’essayer, en sachant qu’on peut se confronter à l’échec; l’important, c’est de vouloir, en sachant qu’on ne se rendra peut-être pas jusqu’au bout; l’important, c’est que, tout au long du chemin, on soit bien accompagné, pas par quelqu’un qui nous écœure trois mètres devant, “ boosté ” par son ego démesuré, mais par quelqu’un qui, en temps et lieu, pourra s’arrêter et nous tendre la main quand on en aura besoin.
Combien de gens font abstraction de leurs sensations pour n’expliquer que leur aboutissement ? Ils parlent en termes de chiffres comptant les kilomètres franchis, les minutes écoulées, les dollars dépensés ou gagnés et parlant peu finalement du plaisir qu’ils ont pris à se rendre là où ils sont rendus. Alors Mea Culpa, j’ai fait trois fautes dans mon précédent éditorial, mais j’ai pris beaucoup de plaisir à vous écrire celui-ci.