Charlotte L’Ecuyer – Entrevue

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L’heure de la retraite sonne bientôt pour Charlotte L’Ecuyer. Encore quelques mois et il faudra quitter ce bureau si familier, destination inconnue et découvertes

Joël Deplanque



L’heure de la retraite sonne bientôt pour Charlotte L’Ecuyer. Encore quelques mois et il faudra quitter ce bureau si familier, destination inconnue et découvertes

Joël Deplanque

Madame Charlotte L’Ecuyer a décidé de mettre un terme à sa carrière politique et ne se représentera pas aux prochaines élections. Le moment est donc venu pour la députée du Pontiac de dresser un bilan de son action et elle a bien voulu accorder un entretien à notre journal.
En 2003 Charlotte L’Ecuyer se retire du centre de santé après une quarantaine d’années d’activité.  A cette époque, le Pontiac était quasi-inexistant et Charlotte en parlait aux ministres, leur expliquant les problèmes de la région. 1986, période presque lointaine déjà où malades et blessés étaient transportés dans des charrettes à foin…
Un mandat de députée ne confère pas à son porteur la science infuse ! Première réunion relative à la foresterie, puis à l’agriculture et si Charlotte L’Ecuyer “connaît les arbres et les vaches”, c’est sur le tas qu’elle doit apprendre les problématiques de ces milieux professionnels. Modeste, Charlotte reconnaît avoir été “néophyte”, mais a su arriver à un point d’équilibre grâce à la réelle volonté de servir qui l’animait. Rapidement, les compétences s’affirment et la députée choisit les commissions au sein desquelles elle siège, de préférence proches de son environnement. Alimentation, foresterie, agriculture sont autant de secteurs qu’elle traite, devenant une “très bonne généraliste”. Curieusement, elle souhaite s’éloigner du secteur de la santé parce que c’est “un univers qu’elle connaît et souhaite aller chercher des connaissances dans d’autres domaines”.
Au bout de 4 mandats successifs, la députée souhaiterait voir le milieu rural du Pontiac plus développé et regrette plusieurs “occasions manquées”.
Le processus d’exode aurait pu être arrêté. Le ton de Charlotte se fait amer en évoquant “le manque d’infrastructures, le départ des jeunes de la région, une lenteur dans les prises de décision aboutissant à une inertie, des pertes d’argent. Des artisans viennent, porteurs de plans d’affaire solides.
Il faudrait créer une petite compagnie de gestionnaires pour apporter une aide à ces personnes au niveau administratif et comptable”.  En ce qui concerne les informations contradictoires données par les fonctionnaires au citoyen, la députée reconnaît “être confrontée en permanence à ça”.
Ce dont Charlotte l’Ecuyer se dit la plus fière est d’avoir fait connaitre le Pontiac à Québec, même si cela “n’est pas évident”.
Et de poursuivre “Le jour où j’ai vu Pontiac sur les panneaux verts du ministère en ville, j’étais pas mal fière”. Charlotte reste critique en disant que “Le Pontiac s’est isolé lui-même en refusant de faire partie de l’Association touristique de l’Outaouais. S’il y a une façon de se faire connaitre, c’est pourtant ça. On faisait partie de l’Association touristique de l’Ontario, mais on ne vendait pas le Pontiac au Québec. On ne peut pas juger le gouvernement pour ça”. La construction du gymnase de l’école de Luskville fut aussi une belle réalisation et Charlotte L’Ecuyer a appuyé le dossier pourtant classé hors-normes. Son intervention se révèle décisive. Il y a là la preuve qu’une volonté clairement affirmée peut débloquer des situations jugées figées. Ayant un franc-parler pas toujours apprécié, la députée qualifiera la 148 de “route à vaches”.
A la question de savoir si les polticiens disposent de pouvoirs réels ou sont les instruments d’un système, Charlotte L’Ecuyer est très claire, affirmant que les élus ont plus de pouvoir que l’on pense “mais on ne l’utilise pas ou on l’utilise mal”. Elle relativise cependant, notamment au niveau de l’économie mondiale, sujet sur lequel le politique local n’a que peu ou pas d’influence. Revenant sur la question du houblon marquée par une forte demande Charlotte assène “on aurait pu pousser plus loin pour créer des jobs… Ce n’est pas juste un député qui peut faire ça. On l’a vu pour la route… C’est un effort collectif. Quand la population se mobilise, la politique va bouger… Il faut que les gens prennent des risques… la politique est contente des chicanes, elle met l’argent ailleurs… Je ne peux pas faire de dossiers si les gens ne veulent pas… Je ne réussirai pas un dossier si son porteur le lâche… Ce ne sont pas les dossiers du député, ce sont ceux de la communauté… Souvent, c’est la communauté qui n’est pas prête… Quand la population n’est pas là, c’est crier dans le désert”. La députée ne croit pas aux grands  projets, mais mise sur le développement du tourisme en insistant sur la création de packages et l’incontournable vecteur de la publicité. “Nous sommes à un tournant. On va les faire, nos “packages”. On attirera le touriste comme déjà fait dans d’autres régions”.
Maintenant, Charlotte L’Ecuyer s’apprête à tourner la page de la politique et ouvrir celle des voyages.