Au-delà de la réussite ou de l’échec, l’analyse des chiffres

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Dominique Bowmans
Éditorialiste Invitée
Guest Editorialist


Dominique Bowmans
Éditorialiste Invitée
Guest Editorialist

Dans le courant du mois de novembre 2021, une nouvelle presque miraculeuse a été rapportée dans notre journal local : « les quatre centres de services scolaires de l’Outaouais ainsi que la commission scolaire Western Québec [étaient] heureux d’annoncer que leur taux de diplomation et de qualification sur cinq ans (pour la cohorte de 2015) [était] de 70,9 %, soit très près du taux de l’ensemble des écoles publiques du Québec de 72,6 % », marquant ainsi une augmentation très notable de près de 4,6 % sur la cohorte de 2014 (66,3 %). Quand on sait à quel point l’éducation pèse lourd dans la prospérité économique d’une région, on ne peut qu’apprécier la nouvelle dans le Pontiac.
Toutefois, en creusant davantage les chiffres qui sont donnés, on se rend vite compte que les jeunes n’ont pas eu la chance d’être diplômés au même taux dans tous les centres scolaires de l’Outaouais. En effet, si les taux se situent entre 70 et 75 % pour les deux centres scolaires de la ville (74,5 % pour le CSS des Draveurs et 70 % pour le CSS des Portages-de-l’Outaouais) et la commission scolaire anglophone (72,5 %), ceux des centres de services scolaires couvrant des régions plus rurales passent en-dessous de
la barre des 70 % : 66,9 % pour le CSS au Cœur-des-Vallées et 57 % pour le CSS des Hauts-Bois-de-l’Outaouais, ces deux derniers centres affichant des différences importantes de taux de qualification et de diplomation entre les filles et les garçons (CSSCV : 74 % pour 60 % et CSSHBO : 73,4 % pour 43 %). Il est certain que ces chiffres-là viennent en partie ternir la bonne nouvelle. Mais s’agit-il vraiment d’une bonne nouvelle?
Si la constante augmentation est notoire et indéniable entre les cohortes de 2012 à 2015, le bond clairement plus marqué entre les cohortes de 2014 et de 2015 constitue davantage une anomalie pour le moment qu’une tendance vérifiée. La cohorte de 2015 était la première cohorte d’élèves ayant subi les impacts de la crise sanitaire mondiale entourant la COVID 19 avec la fermeture des écoles qu’elle a entraînée, mais surtout, du point de vue de la qualification et de la diplomation, l’élimination d’évaluations de fin d’année, notamment les évaluations standardisées ministérielles, alors que les enseignants misaient sur l’évaluation
continue de leurs élèves et qu’on leur demandait d’être indulgents et compréhensifs vis-à-vis de ceux qui éprouvaient plus de difficultés étant donné les circonstances.
La formule éditoriale ne permet pas – et n’a jamais permis – l’analyse approfondie d’une situation. Il y est souvent question de faits teintés par les prises de position de l’éditorialiste; il n’en va pas autrement ici.
Il faudrait pouvoir vous présenter toutes les raisons cachées derrière les constats, parce qu’il y en a, que ces derniers soient bons ou mauvais, et c’est là que les constats deviennent enrichissants. Au-delà de la réussite ou de l’échec d’un système éducatif et de la comparaison que les chiffres conduisent à établir, c’est l’analyse de ces chiffres qui amène la réflexion plus loin, nous poussant à chercher des solutions par rapport aux êtres humains dont ces chiffres nous parlent.