Réponse à la lettre sur les “excuses”

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Monsieur,


Monsieur,

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt la lettre que vous avez publiée dans le Journal du Pontiac du 6 avril dernier. Vous avez visé juste sur plusieurs points et je vous remercie d’avoir envoyé un message qui a reçu une attention médiatique régionale et qui a été publié maintes fois sur les réseaux sociaux.
Je suis également un jeune enseignant, au secondaire en ce qui me concerne. J’ai vécu la dernière année de manière intense. En effet, j’en étais à ma
première expérience de  négociation de convention collective en tant qu’enseignant au public (j’étais enseignant dans une école privée lors de la dernière, en 2010). Je ressors de ces négos également la tête haute, ayant voté contre la proposition du gouvernement. Mais telle est la
réalité en démocratie, nous devons accepter ce que la majorité désire. Votre découragement, je le partage et je le vis dans mon milieu et je crois comme vous que l’éducation a perdu des plumes avec cette convention austère avalée par nos collègues qui se sont visiblement essoufflés devant l’adversité.
Cependant,  je ne m’excuserai pas auprès des parents et des élèves de les avoir laissé tomber. Est-ce par manque de respect? Par écœurement? Non. Je ne m’excuserai pas parce qu’en agissant de cette façon, je prends le blâme de cette triste conclusion au nom du gouvernement libéral de Philippe Couillard. Ce
gouvernement qui a été méprisant tout au long de cette négo en ne nous
considérant pas à notre juste valeur et en dénigrant l’importance de l’éducation dans notre société. Souvenez-vous du financement à coups de milliards de dollars de Bombardier, de l’augmentation de salaire aux députés de l’Assemblée Nationale et aux médecins, pour ne nommer que ces exemples.
Comment peut-on prioriser autre chose que l’éducation dans une société qui se dit avant-gardiste, moderne et avec les yeux rivés sur l’avenir? Comment peut-on
concevoir se payer un nouvel aileron sur la voiture alors que celle-ci a une crevaison et peut difficilement avancer? En demandant pardon aux parents et aux élèves, nous faisons fausse route.
Ce matin, je vous écris en apprenant dans les journaux que ce gouvernement est encore éclaboussé par un scandale de probable corruption de la part d’un de ses ministres. Les enseignants ont  le rôle « d’inculquer des valeurs aux élèves, de
lutter contre l’intimidation, reconnaître et confronter les injustices sociales, être juste, équitable, bon et respectueux des autres ». Vous avez tout à fait raison. Je rajouterais même que cette mission doit avoir des visées plus larges; nos collègues, les parents de nos élèves, les membres de notre famille ainsi que nos amis doivent savoir et comprendre que le gouvernement libéral de Philippe Couillard n’est pas la bonne option pour faire avancer le Québec. Des politiciens qui favorisent l’entreprise privée ainsi que leurs anciens collègues médecins au détriment des services publics comme la santé et l’éducation doivent payer le prix politique de leurs décisions, soit de perdre le privilège de gouverner.
Je conclurai en posant la question suivante : à quand remonte la nomination d’un ministre de l’Éducation au gouvernement du Québec issu du milieu scolaire? Ne serait-ce pas logique d’avoir un ministre qui comprend la réalité des enseignantes et des enseignants du Québec au quotidien plutôt que d’avoir un député élu nommé à qui on a promis un poste de ministre avec le chauffeur et le gros salaire? Le ministre de la Santé du Québec est un médecin et la ministre de la Justice est une avocate membre du Barreau du Québec, pourquoi ne serait-ce pas le cas pour l’éducation? La réponse est fort simple : ce gouvernement ne nous respecte pas. C’est donc à lui de s’excuser, pas à nous.

Simon Cloutier
Enseignant –
École secondaire des Lacs