Radioactivité et émotivité

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J’ai assisté, le 26 avril dernier, au forum public, organisé par la MRC Pontiac, sur le projet de site de dépôt nucléaire des Laboratoires nucléaires canadien (LNC) à Chalk River. La construction d’installation de gestion des déchets près de la surface est une préoccupation suscitant plusieurs réactions et inquiétudes, autant de la part des politiciens municipaux que des citoyens. Rappelons que la démarche de LNC vise à modifier le permis d’exploitation des Laboratoires de Chalk River afin d’autoriser la construction d’une installation de gestion des déchets près de la surface.

La MRC Pontiac souhaitait enregistrer les témoignages et questions pour les faire entendre à la Commission canadienne de sûreté nucléaire. Les membres du public ont pu partager leurs opinions, leurs craintes et faire part de leurs expériences. Excellente idée, qui a attiré près d’une quarantaine de personnes, dont la grande majorité se sont prononcés contre le projet. Malgré sa pertinence, j’ai parfois ressenti une certaine inquiétude sur le déroulement de cette rencontre.

Mon malaise n’est pas que la rencontre ait été axée pour dénoncer le projet, sur ce point LNC a tout ce qu’il faut pour défendre et promouvoir sa position. Mon inconfort vient plutôt du fait que pour rendre ce genre d’exercice valide, il est important que les organisateurs et politiciens appuient chaque argument sur des faits, des études ou encore des statistiques. Comme les commentaires seront présentés à la Commission canadienne de sûreté nucléaire, une simple erreur peut avoir des conséquences négatives. Ayant de bonnes intentions, la préfète Jane Toller a souligné que le Pontiac était la région du Québec avec un des pires santés en santé. C’est peut-être vrai, sauf que de mettre en lien cette situation et la présence des laboratoires de Chalk River, il faut avoir des faits « bétons ». Pour être crédible dans une telle affirmation, il faut avoir des données, des faits, des statistiques et surtout mettre en lien les causes de cette maladie.

Il est très facile pour une organisation comme LNC de discréditer une démarche qui ne fait pas preuve de rigueur. C’est l’intervention de la députée fédérale de Pontiac, Sophie Chatel qui est à mon avis la marche à suivre pour la classe politique. Celle-ci a déposé une demande et des questions pour intervenir dans ce dossier. Exactement le genre de question auquel LNC doit répondre.

Entendons-nous, Jane Toller mérite des félicitations et du crédit d’avoir organisé cette rencontre, qui a permis au public d’exprimer leur charge émotive dans ce dossier. Sauf que lorsqu’on parle de nucléaire, la prudence est toujours de mise. Je dirais qu’il faut aussi agir de la même façon avec l’émotivité. Un dérapage pourrait donner des munitions à prouver le contraire de ce que l’on souhaite.