Des fissures dans l’histoire du nucléaire

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Je me souviens avoir regardé le film de série B “THEM !” quand j’étais adolescent et avoir ri du ridicule des scènes. Des fourmis mutantes et gigantesques irradiées se faisant exterminer par des hommes en blouse de laboratoire à l’aide de pistolets à rayons X.  

Je me souviens avoir regardé le film de série B “THEM !” quand j’étais adolescent et avoir ri du ridicule des scènes. Des fourmis mutantes et gigantesques irradiées se faisant exterminer par des hommes en blouse de laboratoire à l’aide de pistolets à rayons X.  
Bien qu’il ne s’agisse pas d’un film de série B, c’est un récit qui semble se dérouler à cette époque : l’histoire, qui n’est pas une fiction, a commencé en 1952 avec la
création d’Énergie atomique du Canada limitée (EACL), une société d’État fédérale qui a construit quatre réacteurs nucléaires de démonstration au Manitoba, en Ontario et au Québec, ainsi que deux réacteurs de recherche aux Laboratoires de Chalk River (LCR), en Ontario.
Près de 70 ans plus tard, les six réacteurs sont fermés, en attendant leur déclassement définitif, et le Canada commence à écrire le dernier chapitre de cette histoire. Nous devrions tous avoir de sérieuses inquiétudes quant à la façon
dont cela va se terminer. Prétendre que ces déchets ne sont pas dangereux est
irresponsable et inacceptable.
Les déchets nucléaires de ces sites sont actuellement entreposés temporairement, ce qui pose problème. Aux LCR, l’exploitant, Canadian Nuclear Laboratories (CNL), reconnaît que des panaches de radioactivité provenant des déchets nucléaires existants sont présents. La pollution des eaux souterraines et de
surface avoisinantes se poursuit depuis des années. Il est clair que le statu quo n’est pas acceptable.
Le Canada a besoin du stockage permanent des déchets nucléaires le
plus sûr possible, de classe mondiale. Malheureusement, le gouvernement fédéral est très mal préparé pour superviser cette transition. L’ancien ministre Jim Carr a lui-même admis que “le Canada n’a pas encore de politique pour la gestion à long terme des déchets radioactifs non combustibles”. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a également pesé le pour et le contre en déclarant que “le gouvernement du Canada devrait améliorer la politique et la stratégie de
gestion des déchets radioactifs”.
Plutôt que de développer une politique et une réglementation fortes, le gouvernement fédéral a préféré laisser au secteur privé le soin de rédiger les règles – en l’occurrence, les “plans d’action suggérés”. Les cadres ne font pas une politique. Les vides dans la politique fédérale ont des implications réelles sur la façon dont les déchets nucléaires seront stockés de façon permanente. Le tollé général ne devrait pas dicter ce qui régit le stockage permanent des déchets nucléaires au Canada : cette tâche incombe carrément au gouvernement fédéral et à ses représentants élus.
Alors que nous continuons à suivre le dernier chapitre de cette histoire, un
nouveau chapitre est déjà en cours : les petits réacteurs modulaires et les micro-réacteurs modulaires sont actuellement en cours d’examen dans le cadre du processus réglementaire au Canada, ce qui risque de créer d’autres déchets qui n’auront toujours pas de politique claire pour leur élimination.
Lors d’une récente conférence de l’industrie nucléaire, le ministre des ressources naturelles, Seamus O’Regan, a déclaré aux participants “Alors que le monde s’attaque au changement climatique, l’énergie nucléaire est prête à fournir la prochaine vague d’énergie propre, abordable, sûre et fiable. (…) Nous avons travaillé si dur pour soutenir cette industrie. Nous plaçons l’énergie nucléaire au premier plan, ce qui n’a jamais été fait auparavant”.
Les responsabilités d’EACL en matière de déclassement et de gestion des déchets s’élèvent déjà à plus de 6,6 milliards de dollars ! Comment pouvons-nous nous engager avec enthousiasme dans une nouvelle série de réacteurs nucléaires alors que nous n’avons même pas de stratégie crédible pour traiter les déchets radioactifs existants ?
Notre message au ministre O’Regan et à tous les députés est simple : le Canada a besoin de toute urgence d’une politique forte pour gérer les déchets nucléaires. Pour vous joindre à nous et envoyer ce message à votre député local, veuillez consulter le site ottawariverkeeper.ca/nuclear.

Elizabeth Logue
OTTAWA RIVERKEEPER