Cela prend-il une guerre pour faire un héros ?

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Cet éditorial se veut un aparté, un temps de reconnaissance du passé, un point d’ancrage dans le présent, une leçon d’histoire qui se lit avec les yeux et le cœur d’aujourd’hui, dans laquelle je ne suis pas neutre et, malgré moi, engagée. Il y est question du Pontiac, il y est surtout question d’un Pontissois.

Les occasions de parler de guerres ne manquent pas. Elles courent les rues des contrées sous tension. Dans notre pays en paix, même si les soubresauts des conflits se font sentir jusqu’ici, il nous arrive bien souvent de nous asseoir sur la tranquillité démocratique du quotidien; il nous est difficile d’imaginer d’autres destins.

C’est l’histoire d’un garçon qui n’a rien de pontissois, mais attendez de lire la suite. C’est l’histoire d’un garçon d’autrefois que tout prédestinait à la guerre, un jeune et beau gaillard, plein de vie et d’entrain, devenu soldat bien avant l’âge requis, à l’heure des courages insouciants, alors qu’il n’avait que 15 ans. Retranchant trois années à sa date de naissance, cet adolescent québécois était fier de s’engager dans l’armée. Personne n’aurait pu l’arrêter, pas même sa mère. Deux jours avant le débarquement de Normandie dont c’était le 80e anniversaire, Gérard Doré, puisque c’est ainsi qu’il se nommait, rejoignait les rangs des Fusiliers

Mont-Royal. Aux côtés de trois autres unités canadiennes francophones, avec ses camarades de régiment, il a combattu pour libérer des terres occupées par les Allemands. La fin de la guerre était proche, mais cet enfant du Québec ne la connaîtrait pas.

C’est le récit d’un garçon qui, lui, a tout d’un Pontissois. Passionné d’histoire depuis son plus jeune âge, il veut servir sa patrie, qu’importe le prix. C’est l’histoire d’un garçon d’aujourd’hui, un jeune et beau gars, plein de force et d’esprit, qui ne trouve le repos que dans l’idée d’accomplir le devoir qu’il s’est donné de servir les autres, de défendre son pays. Il a fière allure dans cet uniforme qu’il s’est choisi. Aux côtés de ses camarades, il apprend le maniement des armes, les stratégies des combats et vit, la tête un peu dans les nuages, le devoir de mémoire tatoué sur le cœur, la préparation des lendemains incertains, à la rencontre de son destin. Personne ne pourrait l’arrêter, même si sa mère, c’est moi.

Je n’ai pas le cœur valeureux comme lui. Ma fibre à moi n’est pas aussi patriotique. L’armée ne soulève pas chez moi les mêmes émois, mais faut-il attendre la guerre pour que tous les engagés, d’hier et d’aujourd’hui, trouvent une place dans l’Histoire, au cœur d’une humanité auquel leur destin est à jamais lié ? En tous cas, pour ma part, je ne voulais pas attendre demain pour vous raconter ce petit bout de récit.