On nous dit que les caméras de surveillance renforcent la sécurité des quartiers, que la surveillance numérique rend l’administration plus efficace et que l’intelligence artificielle nous facilite la vie. Mais qui surveille les surveillants, et depuis quand les habitants de Pontiac ont-ils accepté de renoncer à leur vie privée au nom du progrès?
Il fut un temps où la campagne de Pontiac offrait quelque chose de plus en plus rare : la liberté de vaquer à ses occupations sans être observé, filmé ou suivi par des moyens numériques.
Cette liberté est remise en cause par des technologies présentées comme des outils de sécurité et de confort. Les caméras de vidéosurveillance, les sonnettes intelligentes, les applications mobiles et l’intelligence artificielle transforment la manière dont les informations concernant les citoyens ordinaires sont collectées, stockées et analysées.
Ce qui est peut-être le plus inquiétant, c’est la facilité avec laquelle nous l’acceptons. La société a banalisé la surveillance en laissant entendre que quiconque tient à sa vie privée a forcément quelque chose à cacher.
Les municipalités considèrent de plus en plus les caméras comme des solutions peu coûteuses pour lutter contre le vandalisme, les dommages aux biens et les problèmes de sécurité publique. Pourtant, les caméras ne s’attaquent pas aux causes des comportements antisociaux ni à l’insécurité. Pour déterminer si elles contribuent réellement à renforcer la sécurité d’une communauté, il faut s’appuyer sur des données concrètes, et non sur des suppositions.
Lorsque des caméras sont installées dans les parcs publics, qui définit ce qu’est un comportement suspect? Qui contrôle les enregistrements? Et que se passe-t-il lorsque des caméras ordinaires sont reliées à une intelligence artificielle capable de reconnaître les visages, de suivre les mouvements et d’identifier des modèles de comportements?
Le danger ne réside pas nécessairement dans le fait que les municipalités aient l’intention d’abuser de leurs pouvoirs. Il réside plutôt dans le fait que les infrastructures de surveillance risquent de se développer plus rapidement que les garanties démocratiques.
Les citoyens du Pontiac devraient se demander si les administrations municipales disposent de politiques de protection de la vie privée exhaustives, d’un organisme de contrôle indépendant et d’informations accessibles au public concernant leurs pratiques de surveillance.
Ils devraient également se demander s’il ne serait pas préférable d’affecter les fonds publics à la prévention, aux programmes communautaires et aux infrastructures plutôt qu’à des technologies qui ne font que surveiller les problèmes une fois qu’ils se sont produits.
Une contradiction dérangeante est au cœur de ce débat. Nous prônons l’autonomie rurale, la liberté individuelle et la confiance entre voisins, tout en adoptant des technologies qui reposent sur la surveillance des individus afin de garantir un comportement responsable.
Qu’est-ce que cela révèle de la société que nous sommes en train de construire?
La vie privée n’est pas un obstacle à la sécurité publique. Elle fait partie
des libertés que la sécurité publique devrait protéger.
Avant qu’une nouvelle caméra ne soit installée, le Pontiac mérite une réponse à une question fondamentale : qui a donné à qui le droit de transformer nos quartiers en lieux où tout le monde est potentiellement suspect? (Trad: JP)




