Inquiétudes croissantes sur l’état des barrages

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Tashi Farmilo

Publié dans le Journal du Pontiac du 4 janvier 2026.

MRC PONTIAC – La sécurité des barrages dans le Pontiac fait l’objet d’un examen accru alors que des élus locaux soulèvent des inquiétudes quant à l’état des infrastructures, à la surveillance et à la préparation aux situations d’urgence le long de la rivière des Outaouais et de ses affluents.

La question a pris une importance particulière à la suite d’une vaste enquête publiée par La Presse en décembre 2025, dans laquelle des ingénieurs du gouvernement à travers le Québec affirment ne plus être en mesure de garantir la sécurité du réseau de barrages de la province, évoquant des outils désuets, un manque de personnel et une augmentation des incidents d’urgence.

Dans la MRC Pontiac, on compte 73 barrages au total. De ce nombre, 18 relèvent du ministère de l’Environnement, selon Marc-André Martin, président de l’Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec. Les autres barrages sont exploités par des propriétaires privés, Hydro-Québec ou Ontario Power Generation.
Parmi les 18 barrages gérés par le ministère, 4 sont classés à grande capacité : le barrage Dumont à Otter Lake, ainsi que les barrages Lac-Antoine, Schyan et Achigan, tous situés dans le territoire non organisé du Pontiac.

Le ministère indique que ces ouvrages sont inspectés annuellement ou tous les 2 ans, conformément à la Loi sur la sécurité des barrages du Québec. Les inspections les plus récentes ont été effectuées entre juin et octobre 2025. Trois des 4 barrages sont jugés en bon ou en très bon état, tandis que le barrage Achigan est actuellement classé en mauvais état. Les 4 sont considérés comme présentant un risque faible ou minimal en cas de défaillance.

Les 14 autres barrages sous la responsabilité du ministère sont classés comme petits ou à faible capacité et ne sont pas soumis à des inspections obligatoires. Des activités de surveillance ont toutefois été menées sur 9 d’entre eux au cours des 6 dernières années. Aucun des 18 barrages n’est actuellement inclus dans un programme de sous-traitance et aucun travail de réparation n’est prévu.

Selon les évaluations actuelles, les risques pour les communautés situées en aval sont faibles ou minimes, a indiqué M. Martin.

Malgré ces assurances, des élus locaux demeurent préoccupés. La préfète de la
MRC Pontiac, Jane Toller, a déclaré que les classifications actuelles pourraient ne pas refléter les réalités environnementales d’aujourd’hui, alors que des conditions météorologiques imprévisibles entraînent des précipitations plus intenses.

« Seulement 40 % de la rivière des Outaouais est régulée par des barrages »,
a-t-elle indiqué. « Les 60 % restants s’écoulent librement, ce qui signifie qu’ils ne sont absolument pas contrôlés. » Elle a ajouté que les précipitations surviennent de plus en plus sous forme d’épisodes courts et intenses, ce qui exerce une pression supplémentaire sur les infrastructures.

Mme Toller a rappelé les inondations printanières de 2019, lorsque le ruissellement a provoqué le débordement du lac Coulonge et mis à rude épreuve les systèmes en aval. Selon elle, le risque demeure, en particulier lorsque des infrastructures clés ne fonctionnent pas à pleine capacité. « À tout moment, la moitié du barrage de Bryson n’est pas en fonction », a-t-elle dit. « Nous avons besoin qu’il fonctionne à pleine capacité pour gérer efficacement l’eau. »

Elle a également évoqué un important projet de réfection du barrage de Bryson présenté par Hydro-Québec il y a plusieurs années, dont le coût était estimé jusqu’à 250 M$. Le projet devait mobiliser une main-d’œuvre importante et générer des retombées économiques pour la région.

« Après quelques activités ponctuelles, nous n’avons plus rien entendu », a-t-elle affirmé, ajoutant que le projet semble maintenant avoir été mis de côté.

Selon Mme Toller, d’autres ouvrages préoccupants comprennent des barrages
à Rapides-des-Joachims, à Chute Noire, ainsi qu’un barrage sur la rivière Noire. Elle
a également mentionné l’effet combiné d’affluents comme la rivière Coulonge et la rivière Gatineau, qui se jettent dans la rivière des Outaouais et accentuent la pression sur les infrastructures régionales.

En réponse, la MRC a adopté une résolution lors de sa séance du 17 décembre demandant des évaluations mises à jour et un plan d’action clair. Mme Toller plaide aussi pour la construction d’un nouveau réservoir au nord de Rapides-des-Joachims afin d’aider à gérer les surplus d’eau lors de fortes pluies et de la fonte printanière.

Des demandes répétées de commentaires ont été transmises au ministère de l’Environnement, à Ontario Power Generation et à Brookfield Renewable.
Aucun n’avait répondu au moment de mettre sous presse.