Conflit budgétaire : les commissions scolaires poursuivent le Québec
Tashi Farmilo
Publié en ligne le 27 août 2025 sur www.journalpontiac.com.
OUEST DU QUÉBEC – La Commission scolaire Western Québec (CSWQ) a voté en faveur de se joindre à une contestation judiciaire contre les règles budgétaires controversées du gouvernement, s’alignant ainsi avec d’autres commissions scolaires anglophones de la province. Réunis en séance spéciale le 13 août, les commissaires ont adopté la motion
par sept voix contre une, avec une abstention.
Au cœur du litige se trouve une directive provinciale interdisant aux commissions scolaires d’utiliser leurs surplus non affectés pour équilibrer leurs budgets. Pour la CSWQ, qui dispose d’environ 15 millions de dollars mis de côté, ces fonds ont longtemps servi de coussin durant les années financières difficiles. La commission soutient que cette restriction compromet sa capacité à planifier de manière responsable et à protéger les programmes contre des coupures soudaines.
Cette décision survient malgré le recul du gouvernement à la mi-juillet sur son projet initial de retrancher 570 millions $ en éducation. Après une levée de boucliers et une pétition ayant recueilli plus de 150 000 signatures, Québec a accepté de réinvestir 540 millions $ dans les services aux élèves. Mais ces fonds sont strictement réservés et l’interdiction d’utiliser les surplus — ou de présenter un déficit — demeure.
Le directeur général, M. George Singfield, a souligné les risques : « Un budget déficitaire ne sera pas accepté, point final », a-t-il déclaré. Si un tel budget était soumis et rejeté, « nous n’aurions pas d’argent, aucun fonds pour fonctionner ». La présidente, Mme Joanne Labadie, a ajouté que les risques financiers s’accompagnent de risques politiques, avertissant que la province pourrait placer la commission scolaire sous tutelle financière — retirant aux commissaires élus tout contrôle — si une mauvaise gestion était alléguée.
Pour Mme Labadie, l’enjeu dépasse la question financière. « Il ne s’agit pas seulement de dollars à court terme. Il s’agit de protéger notre droit de gérer nos propres ressources et de servir notre communauté sans ingérence inutile », a-t-elle affirmé, en invoquant l’article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui garantit aux communautés de langue officielle en situation minoritaire le droit de gérer leurs écoles, y compris leurs finances.
La contestation sera menée par Power Law sous la coordination de l’Association des commissions scolaires anglophones du Québec (ACSAQ), qui couvrira les frais initiaux. D’autres commissions scolaires anglophones, dont la Commission scolaire English-Montreal, se sont déjà jointes au mouvement.
Les responsables de la commission ont également exprimé des inquiétudes quant au climat politique. Avec des rumeurs de remaniement ministériel et même d’élections anticipées, ils craignent que d’autres compressions soient annoncées dans l’énoncé économique de l’automne — et que les surplus soient récupérés, comme la province l’a déjà fait avec les municipalités durant les périodes d’austérité.
Pour les parents, le personnel et les élèves du Pontiac et de tout le territoire de la CSWQ, l’issue de ce recours pourrait déterminer non seulement les sommes disponibles pour les salles de classe, mais aussi si les représentants élus locaux conservent l’autorité de décider de leur affectation.