Les autorités québécoises soutiennent Samonix

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Benjamin Segobaetso

Publié en ligne le 9 septembre 2026 à www.journalpontiac.com

CAMPBELL’S BAY – Les représentants du ministère de l’Environnement du Québec ont déclaré devant la commission du BAPE qu’ils partageaient globalement l’interprétation de Samonix concernant l’impact des eaux usées de son projet d’élevage terrestre de saumon sur la rivière des Outaouais. Mais, les résidents du Pontiac continuaient d’interroger
les experts du gouvernement sur la sécurité de l’eau potable, la surveillance environnementale et les mesures de sécurité en cas d’urgence.

Cet échange a eu lieu lors de la séance du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) consacrée au projet d’installation aquacole de Samonix à Litchfield, qui s’est tenue au centre récréatif de Campbell’s Bay les 25 et 26 août.

Une grande partie de l’audience a porté sur le devenir des eaux usées traitées après leur rejet dans la rivière des Outaouais. Fred Brisco, directeur technique de Samonix,
a expliqué aux commissaires que la concentration en chlorure serait d’environ 640 milligrammes par litre au moment du rejet, mais qu’elle se diluerait rapidement après avoir atteint la rivière. Selon la modélisation réalisée par l’entreprise, la concentration en chlorure chuterait à environ sept milligrammes par litre après 30 mètres, avant d’atteindre la concentration de fond naturelle de la rivière des Outaouais, soit environ 1,5 milligramme par litre, à 90 mètres.

Victor Duchesne, représentant du ministère de l’Environnement, a déclaré devant la commission: « Notre interprétation correspond plus ou moins à celle que vient de présenter le promoteur du projet. »

Les résidents remettent en cause la modélisationMalgré ces assurances, plusieurs résidents ont remis en question la fiabilité des modélisations informatiques.

Amy Taylor, l’une des résidents à l’origine de la demande d’examen par le BAPE, a contesté le fait que le projet repose sur des prévisions calculées concernant la dilution et le
« comportement du panache ». Elle a remis en question les variations des chiffres relatifs au prélèvement et au rejet d’eau qui sont apparus au cours des différentes phases du projet.

Samonix a reconnu que les versions antérieures du projet prévoyaient une consommation d’eau plus importante.

M. Brisco a précisé que les premières évaluations des rejets environnementaux se basaient sur environ 12 000 mètres cubes d’eau par jour. Le projet a ensuite été repensé afin d’accroître la recirculation de l’eau. Le ministère de l’Environnement a confirmé que ses derniers objectifs en matière de rejets environnementaux, publiés en avril 2026, avaient été calculés sur la base d’un débit de rejet de 2 372 mètres cubes par jour.

Cathy Fox, une résidente de Portage-du-Fort, s’est demandé si des analyses de référence suffisantes avaient été effectuées pour établir l’état actuel de la rivière
avant la mise en service de l’installation.

Le ministère de l’Environnement a répondu qu’il disposait déjà d’informations considérables sur la rivière et qu’il exploitait deux stations de surveillance de la qualité
de l’eau à proximité du site proposé.

Les responsables ont déclaré qu’ils estimaient disposer d’informations suffisantes pour établir les conditions de référence.

Eau potable de Portage-du-Fort
Les préoccupations relatives à l’eau potable ont été particulièrement mises en avant par les résidents de Portage-du-Fort. Sylvia Poetschke a réclamé la réalisation
d’études indépendantes sur le terrain et a fait valoir que les simulations informatiques ne tiennent pas nécessairement compte de toutes les conditions réelles de la rivière.

Linda Davis, résidente du Pontiac, s’est également demandé si des systèmes d’aquaculture en recirculation comparables avaient déjà fait leurs preuves ailleurs à l’échelle envisagée. Mme Davis a fait part de ses inquiétudes concernant une défaillance catastrophique et les conséquences potentielles pour les communautés en aval qui dépendent de la rivière des Outaouais.

Nicole Thompson, s’exprimant au nom de la municipalité de Portage-du-Fort, est revenue à plusieurs reprises sur la question des infrastructures d’eau potable. Elle a demandé si Portage-du-Fort pourrait recevoir les données de surveillance environnementale fournies par Samonix.

Mélina Langevin, représentante du ministère de l’Environnement, a déclaré que la notification directe aux municipalités ne se fait normalement pas de manière automatique. Elle a toutefois précisé que les conditions liées à un éventuel décret gouvernemental pourraient prévoir la mise en place de comités de liaison.

La Direction de santé publique ne constate aucun danger pour l’eau potable

La Direction de santé publique de l’Outaouais s’est montrée rassurante quant au fonctionnement normal des installations. Le Dr Guillaume Campagné a expliqué aux commissaires que les responsables de la santé publique avaient examiné de près la question du chlorure, car ils étaient au courant de la présence de prises d’eau potable en aval. M. Campagné a cité une valeur de chlorure fixée par Santé Canada à 470 milligrammes par litre. Bien que les concentrations soient initialement plus élevées à proximité immédiate du point de rejet, il a noté que la modélisation de Samonix prévoit que la concentration en chlorure reviendra à environ 1,5 milligramme par litre dans un rayon de 90 mètres. La prise d’eau de Portage-du-Fort se trouve bien plus en aval.
Que se passe-t-il en cas de problème ?

Mme Thompson a également insisté pour obtenir des réponses concernant
des situations s’écartant des conditions normales d’exploitation. Elle a demandé ce qui se passerait si Samonix dépassait les limites environnementales ou subissait un accident. Le fondateur de Samonix, Mathieu Farley, a indiqué que le ministère de l’Environnement et le MAPAQ avaient exigé de l’entreprise qu’elle élabore des protocoles d’intervention d’urgence couvrant un large éventail d’incidents potentiels. Samonix serait chargée d’initier l’intervention et d’alerter les autorités pertinentes. Ces alertes pourraient concerner le ministère de l’Environnement, la MRC de Pontiac et, éventuellement, Portage-du-Fort ou d’autres municipalités concernées. Cet échange a révélé que, bien qu’un plan d’urgence existe, aucun système automatique permettant d’informer les municipalités en aval d’une non-conformité environnementale n’a encore été mis en place.

Qui paie pour les dommages causés à l’environnement ?

Mme Thompson a également soulevé la question de la responsabilité financière. Elle a expliqué que Portage-du-Fort n’avait pas la capacité financière d’absorber des coûts imprévus importants s’il y avait dommage à ses infrastructures de traitement d’eau, soulignant qu’un filtre pouvait coûter entre 30 000 et 40 000 dollars. Samonix a déclaré qu’elle souscrirait une assurance appropriée et assumerait la responsabilité de tout dommage qu’elle causerait.

Le ministère de l’Environnement a confirmé que le gouvernement du Québec pouvait exiger des garanties financières pour les projets faisant l’objet d’une évaluation environnementale. De telles garanties sont généralement exigées pour les mines et les sites d’enfouissement, où les autorités savent que d’importantes responsabilités environnementales subsisteront après la fin de l’exploitation. Les responsables ont indiqué que la responsabilité environnementale liée à une pisciculture semblait considérablement moindre. Cette question pourrait être examinée dans le cadre de l’analyse environnementale du projet.

La commission du BAPE n’a pas pour rôle d’approuver ou de rejeter le projet ;
son mandat consiste à évaluer les implications environnementales, sociales et économiques et à formuler des recommandations à l’intention du gouvernement du Québec. (Trad. JP)