Bien que la vocation bien connue des médias d’information soit de relater « l’actualité » de la manière la plus claire et la plus objective possible, il arrive souvent que ce soient eux-mêmes qui créent l’actualité. Cela est devenu un moyen de manipulation sociale, comme c’est le cas à l’ère Trump actuelle, et s’avère particulièrement néfaste lorsqu’il s’intègre dans l’univers numérique sens dessus dessous des soi-disant « réseaux sociaux ». Cela rend le travail des journalistes et des éditeurs d’autant plus difficile, et ce phénomène concerne généralement les grands médias. Cependant, certains médias partisans de moindre envergure sont créés dans le seul but de manipuler l’opinion publique lors de
certains bouleversements sociaux ou de certaines campagnes électorales.
Le Journal, avec plus de 10 000 exemplaires distribués, n’a pas été épargné — et ce phénomène n’a pas toujours été négatif.
Lors du dernier référendum sur l’indépendance du Québec, le 30 octobre 1995, le Journal du Pontiac avait proposé que la minorité linguistique de la province envisage de rester au sein du Canada — en tant que duché de la Couronne nouvellement créé. Cela semblait envisageable grâce à une particularité historique selon laquelle le Canada était officiellement régi par les règles de la monarchie britannique. Bien qu’il ait fallu de nombreux éditoriaux et interviews pour l’expliquer, le concept d’un duché du Pontiac (car le Pontiac était alors la région où vivait la majorité des Québécois non francophones) avait un sens historique et a captivé l’imagination de la minorité québécoise. Ce concept s’est rapidement propagé comme une traînée de poudre politique dans certaines parties de la province, jusqu’à ce que le référendum sur l’indépendance soit rejeté de justesse.
Les médias du « reste du Canada », inquiets à l’idée d’une éventuelle scission du pays, ont largement couvert l’événement. Les finissants de cette année-là de la Faculté de droit de McGill se sont attelés à étudier la question et à rédiger un rapport à ce sujet : s’agissait-il d’une possibilité juridique au sein du Dominion du Canada ?
Curieusement, la proposition du Journal a été davantage relayée par nos médias nationaux que par certains médias locaux, notamment anglophones! En effet, même les élus provinciaux locaux, les députés provinciaux, sont restés muets sur le sujet, se contentant de menacer toute manifestation publique de sa popularité. Par exemple, lors du Marché de Chapeau, Robert Middlemiss, député de Pontiac, outré, a tenté de renverser une table où l’on distribuait des autocollants, des casquettes et des t-shirts en faveur du Duché, et
d’intimider les jeunes qui tenaient le kiosque.
Des médias nationaux tels que la CBC et le magazine McLean’s ont couvert l’événement, tout comme le Vancouver Sun et d’autres grands médias à travers le Canada, d’est en ouest.
Le rédacteur en chef du Journal a été interviewé par plusieurs médias européens, comparant l’idée de duché aux duchés fonctionnels du Luxembourg et du Liechtenstein ainsi qu’à diverses monarchies constitutionnelles européennes.
C’était une période exaltante, où l’on explorait le potentiel de cette alternative « farfelue » au statu quo.
Avec la victoire serrée du camp pro-canadien, la question a perdu de son élan, même si certains groupes, comme celui de Fort William, sur L’Isle-aux-Allumettes, ont tenté de maintenir le projet à flot, les séparatistes ayant promis de retenter leur chance.
Plusieurs années après le débat initial sur le duché, le quotidien francophone de la région, Le Droit, a de nouveau abordé la question, cette fois-ci à la une de son édition du dimanche, avec deux porte-parole locaux : Lionel Tessier, représentant le camp séparatiste, et moi-même, représentant le camp unioniste. Nous étions tous deux rédacteurs en chef du Pontiac Journal / Journal du Pontiac à l’époque. Le Ottawa Citizen y a également consacré un dossier spécial dans son édition du dimanche.
Ce débat public a illustré l’engagement du Journal en faveur d’un journalisme de qualité; il a mis en avant l’importance d’avoir et de soutenir les médias locaux, et a montré à notre communauté ce que nous pouvons attendre de médias indépendants agissant dans notre intérêt.
Les enjeux soulevés par le concept de « duché » et la menace d’une séparation sont toujours d’actualité, tant ici au Québec qu’en Alberta. Les populations rurales ont souvent le sentiment d’avoir plus à perdre que les grandes populations urbaines. Ne manquez pas les prochains numéros de cette chronique, qui proposeront davantage d’informations et d’analyses sur ce sujet.
