Sophie Demers
Publié en ligne le 14 janvier 2026, sur www.pontiacjournal.com
CHALK RIVER — À compter de la mi-décembre de l’an dernier, Nuclear Laboratory Partners of Canada Inc. (NLPC) a officiellement repris le contrat de gestion des Laboratoires nucléaires canadiens (Canadian Nuclear Laboratories – CNL). CNL est mandatée par Énergie atomique du Canada limitée, une société d’État axée sur les sciences et technologies nucléaires, pour gérer des sites et installations nucléaires partout au pays. Cela comprend le laboratoire nucléaire de Chalk River, responsable du controversé projet de l’installation de gestion des déchets près de la surface (IGDPS). Ce modèle est connu sous l’appellation GoCo, soit propriété de l’État et exploitation par un entrepreneur.
« Bien que la nouvelle société mère, NLPC, puisse apporter de nouvelles idées et pratiques à notre façon de fonctionner, le modèle GoCo est conçu pour assurer la stabilité des activités de CNL. Les missions actuelles de CNL se poursuivront sans changement dans un avenir rapproché, et la vision à long terme définie par Énergie atomique du Canada limitée, au nom du gouvernement du Canada, continuera de guider le travail que nous accomplissons pour nos clients commerciaux et gouvernementaux », a indiqué un porte-parole de CNL. Certains changements sont prévus à la haute direction, mais la majorité des équipes de travail demeureront en place.
NLPC est un partenariat réunissant 3 entreprises : BWXT Government Group Inc., Amentum Environment & Energy Inc. et Kinectrics Inc.
BWXT est une société américaine qui fournit à l’échelle internationale des produits nucléaires, de défense et liés au secteur spatial. En 2024, ses revenus ont totalisé 2,7 milliards $.
Amentum Environment & Energy Inc. est également une entreprise américaine active dans divers secteurs, notamment la défense, la sécurité, le spatial et les énergies renouvelables, dont le nucléaire.
Kinectrics Inc. a été fondée au Canada et possède des bureaux en Ontario et aux États-Unis. L’entreprise a été acquise par BWXT Government Group en mai 2025. Le Bureau de la concurrence enquête sur cette acquisition; l’enquête est toujours en cours, mais selon CNL, le Bureau n’a pas l’intention de contester la transition pour le moment.
Des inquiétudes exprimées
Le Dr Ole Hendrickson, observateur du secteur nucléaire possédant des décennies d’expérience, porte un regard différent sur ces annonces. « Les entreprises américaines à but lucratif n’ont aucun intérêt à réduire de façon sécuritaire et rentable le passif nucléaire du Canada. À moins que le gouvernement fédéral ne réaffirme sa responsabilité à l’égard de la gestion de ses déchets nucléaires hérités, d’importantes sommes d’argent public seront gaspillées et la rivière des Outaouais sera polluée, essentiellement pour toujours », a-t-il affirmé.
- Hendrickson a expliqué qu’en 2018, la Commission canadienne de sûreté nucléaire a accordé à CNL un permis de 10 ans permettant à l’entreprise de mener diverses activités sur le site de Chalk River. Il estime que ce permis donne pratiquement carte blanche à l’entreprise, puisque ces activités peuvent être réalisées sans autorisation supplémentaire, et donc sans avis ni participation du public. Selon lui, ces activités comprennent le démantèlement de bâtiments contaminés, l’ajout de déchets radioactifs provenant de partout au pays ou l’extraction de matières comme le plutonium et le tritium.
CNL a réitéré son appui au projet de l’IGDPS, qui fait toujours l’objet de procédures judiciaires entre le laboratoire nucléaire et la Première Nation Kebaowek.
