William Dale
Publié dans le Journal du Pontiac du 20 mai 2026.
TNO DU LAC-NILGAUT – Pour les propriétaires du Domaine du lac Bryson,
l’affaissement survenu au kilomètre 54 du chemin du Bois-Franc représente bien plus qu’un simple trou dans la route : il s’agit d’un obstacle majeur ayant contribué à la perte de plusieurs chalets lors d’un incendie plus tôt ce mois-ci. Près de trois semaines après l’effondrement ayant entraîné la fermeture du chemin le 23 avril, des responsables de la MRC de Pontiac affirment que les réparations seront beaucoup plus complexes que de
simplement remplir le trou.
Le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) a fermé le chemin après que de fortes pluies et la fonte rapide des neiges eurent submergé le système de ponceaux
près du ruisseau du lac Rousseau, emportant la chaussée et rendant le passage impraticable. Au kilomètre 54,8, l’effondrement a créé un cratère d’environ 20 mètres de largeur et 10 mètres de profondeur, coupant complètement la route. Au départ, les autorités avaient averti qu’aucun détour viable n’était possible autour de l’affaissement.
L’affaissement a ensuite retardé l’accès lors de l’incendie du 30 avril au Domaine du lac Bryson, forçant les équipes de la SOPFEU à intervenir par hélicoptère après que plusieurs chalets et infrastructures eurent été détruits.
Le 11 mai, l’équipe de gestion du territoire de la MRC de Pontiac a rencontré le Journal du Pontiac afin d’expliquer pourquoi les réparations représentent maintenant un défi
logistique complexe impliquant des règlements environnementaux, la planification forestière et le financement provincial des infrastructures.
Alors que plusieurs résidents se demandent pourquoi la MRC ne peut pas simplement remplacer le ponceau et rouvrir le chemin, le coordonnateur de l’aménagement du territoire de la MRC, Matthew Laroche, affirme que les règlements environnementaux provinciaux ont considérablement changé la façon dont les réparations doivent être effectuées.
« La route est complètement disparue », a déclaré M. Laroche. « Avec les
nouveaux règlements, il n’est plus possible d’installer des ponceaux à cet endroit. Il faut construire un pont. »
M. Laroche a expliqué que l’ancien ponceau de huit pieds ne respecte plus les normes environnementales provinciales. Des études hydrauliques ont démontré que même deux
ponceaux de 11 pieds contreviendraient à la règle québécoise du « rétrécissement de 20 % », qui empêche de réduire excessivement la largeur naturelle d’un cours d’eau. Par conséquent, le site nécessite maintenant la construction d’un pont plutôt qu’un simple remplacement de ponceau.
Un projet de cette ampleur pourrait engloutir une grande partie du budget annuel des infrastructures du TNO de la MRC, poussant les responsables à demander des subventions provinciales pouvant couvrir jusqu’à 90 % des coûts de construction. Toutefois, des activités forestières prévues au-delà du kilomètre 54 compliquent l’admissibilité, puisque les routes desservant des secteurs de coupe actifs doivent généralement être entretenues par les entreprises forestières plutôt que par les MRC.
« Une coupe forestière était prévue juste après le kilomètre 54, ce qui nous rendrait inadmissibles à ces subventions », a expliqué M. Laroche.
La MRC négocie maintenant avec l’entreprise forestière afin de retirer le secteur de coupe concerné du plan d’aménagement dans l’espoir de rendre le projet admissible au financement. Même si le financement est approuvé, le projet devra passerpar le Système électronique d’appel d’offres (SEAO) du Québec, puisque les travaux devraient dépasser
100 000 $. Les responsables affirment que cela signifie que la reconstruction prendra probablement des semaines plutôt que des jours.
Les autorités continuent également d’inviter les voyageurs à faire preuve de prudence dans l’arrière-pays, puisque les conditions liées à la fonte printanière demeurent instables dans certaines portions du réseau routier du TNO. Le gestionnaire de la sécurité publique et civile de la MRC, Julien Gagnon, a indiqué que le nord du territoire accuse encore plusieurs semaines de retard sur le sud dans le cycle du dégel printanier, ce qui rend les routes instables et difficiles à surveiller quotidiennement.
« Les conditions changent encore de jour en jour là-haut », a déclaré
M. Gagnon. « Il reste encore de la neige sur certaines routes et plusieurs secteurs sont très mous. »
Pour les personnes devant accéder au nord du chemin du Bois-Franc,
la MRC recommande d’utiliser le chemin Schyan via Sheenboro, qui permet de rejoindre les kilomètres 84 et 86 du corridor Bois-Franc, y compris Fortin Lake Outfitters, Doug Young Outfitters et les accès nord du lac Bryson.
Les autorités demandent également aux voyageurs d’être autonomes lorsqu’ils se rendent
dans le TNO. M. Laroche a expliqué que les conditions changeantes et l’isolement du territoire signifient que les automobilistes ne peuvent pas compter sur une intervention rapide des secours en cas d’enlisement. Il recommande aux voyageurs d’apporter des provisions d’urgence, de la nourriture supplémentaire ainsi que de l’équipement comme une scie à chaîne ou une scie à main au cas où des arbres tombés bloqueraient la route. Les autorités conseillent aussi aux visiteurs de l’arrière-pays d’être prêts à passer la nuit dans leur véhicule.
« Vous ne pouvez pas compter sur les premiers répondants pour venir vous sortir d’un trou de boue », a averti M. Laroche. « Vous devez être capables de vous débrouiller vous-mêmes. »
Bien qu’aucun échéancier officiel n’ait encore été annoncé pour la reconstruction, les responsables de la MRC affirment que la stabilisation graduelle des niveaux d’eau permet enfin aux équipes d’évaluer pleinement l’étendue des dommages sur le vaste réseau routier du territoire.
(Trad. JP)
Photo – Une vue aérienne montre l’important affaissement au kilomètre 54,8 du chemin du Bois-Franc près du ruisseau du lac Rousseau, où les fortes pluies et le ruissellement printanier ont détruit le ponceau et complètement coupé la route. (CL)
