Depuis des décennies, le développement économique rural s’articule souvent autour d’une question bien connue: quelle entreprise pouvons-nous convaincre de s’implanter ici? Le Pontiac devrait se poser une autre question: dans quel domaine pouvons-nous exceller?
Le Pontiac est confronté à des défis communs à l’ensemble des zones rurales du Canada ; des centaines de collectivités rurales vivent les mêmes problématiques, mais celles-ci représentent également une opportunité. C’est en partant de ce constat que le Pontiac devrait envisager la création d’un centre d’excellence en innovation rurale, réunissant les municipalités, les entreprises, les établissements d’enseignement, les chercheurs et les pouvoirs publics afin de développer, tester et commercialiser des solutions destinées aux collectivités rurales.
Il ne faut pas commencer par construire un bâtiment. Il faut commencer par l’expertise. L’agriculture est un point de départ évident. AgriSaveur Pontiac développe actuellement des capacités locales de transformation alimentaire à la périphérie de Shawville. Un centre pourrait s’appuyer sur cette initiative en se concentrant sur les technologies agricoles, l’agriculture de précision, le développement de produits, la transformation, l’emballage et la commercialisation. L’objectif économique est de capter une plus grande partie de la valeur générée par ce que le Pontiac produit déjà.
Le secteur forestier offre des perspectives similaires. Plutôt que de se concentrer principalement sur l’exportation du bois, la recherche appliquée et l’esprit d’entreprise pourraient s’orienter vers les produits transformés, la biomasse, les résidus forestiers, les technologies forestières durables et la fabrication à petite échelle.
La santé en milieu rural pourrait constituer une autre spécialisation. Les difficultés rencontrées par l’hôpital communautaire du Pontiac, notamment pour maintenir ses services d’obstétrique, reflètent un problème rural à l’échelle nationale: assurer de manière durable des soins de santé spécialisés sur de vastes territoires et auprès de populations peu nombreuses. Le Pontiac pourrait tester différentes approches, notamment la télémédecine, les services de santé mobiles, les soins paramédicaux en milieu rural, les soins maternels, la télésurveillance et le recrutement de personnel soignant.
Sur le plan économique, cela implique de passer de l’exportation de matières premières et de main-d’œuvre à la création de propriété intellectuelle, de savoir-faire spécialisé, d’entreprises et de produits à forte valeur ajoutée. Cela pourrait également ouvrir des perspectives aux jeunes. Les partenariats de recherche, la formation technique et l’entrepreneuriat n’empêcheraient pas les jeunes de quitter le Pontiac, mais ils leur offriraient davantage de raisons d’y revenir.
La proximité du Pontiac avec la région d’Ottawa-Gatineau constitue un atout. L’université Carleton, l’Université d’Ottawa, l’UQO, le Cégep Heritage College, les agences fédérales et d’autres institutions devraient être considérés comme des partenaires potentiels plutôt que comme de simples lieux vers lesquels le Pontiac envoie ses jeunes.
Comment pourrions-nous y parvenir?
La MRC devrait tout d’abord ordonner une étude de faisabilité visant à recenser les partenaires de recherche, les entreprises, les infrastructures existantes, les sources de financement ainsi que deux ou trois domaines dans lesquels le Pontiac dispose d’un véritable avantage comparatif. Le succès devrait être mesuré selon le nombre d’entreprises créées, de produits commercialisés, d’investissements dans la recherche attirés, d’emplois qualifiés générés et de jeunes travailleurs recrutés ou retenus.
La ruralité est trop souvent définie par ce qui lui manque.
Le Pontiac pourrait au contraire considérer ses défis ruraux comme des problèmes qu’il vaut la peine de résoudre, en élaborant des solutions sur place pour ensuite les exporter vers les communautés rurales partout au Canada
