Pontiac Journal

Québec offre des primes, le Pontiac reste vulnérable

Publié dans le Journal du Pontiac du 17 décembre 2025.

Tashi Farmilo & Mélissa Gélinas

MRC PONTIAC – Le système de santé de l’Outaouais, y compris du Pontiac, demeure sous pression alors que les pénuries de personnel, la fragilité de certains services et l’incertitude entourant les réformes provinciales continuent d’inquiéter médecins, gestionnaires et élus locaux. La région demeure particulièrement exposée à tout changement soudain de personnel. En parallèle, le gouvernement du Québec déploie de nouvelles incitations financières pour tenter d’attirer et de retenir des professionnels de la santé et freiner l’exode vers l’Ontario, où les conditions de travail et la rémunération sont souvent perçues comme plus avantageuses.

Le Dr Thomas O’Neill, médecin de famille à Shawville et professeur adjoint à l’Université McGill, estime que la situation dans le Pontiac est stable pour l’instant, mais demeure extrêmement vulnérable. La région a réussi à maintenir deux salles d’opération actives, trois anesthésistes et l’arrivée récente d’un nouveau chirurgien, mais cette stabilité repose sur un équilibre fragile. Selon lui, une seule démission ou une absence prolongée pourrait suffire à perturber l’offre de services hospitaliers.

Il souligne que des régions voisines, notamment Gatineau, ont déjà connu des ruptures importantes à la suite du départ de chefs de départements en chirurgie, anesthésie, oncologie et obstétrique, entraînant des interruptions de services et des délais accrus pour les patients. Le Pontiac, avec une équipe plus restreinte, demeure encore plus vulnérable à ce type de choc.

Le maintien des services repose en grande partie sur le leadership local. Nicole Boucher-Larivière, directrice du Réseau local de services du Pontiac, indique que malgré la création récente de Santé Québec, l’autonomie opérationnelle locale a été conservée. Les orientations doivent s’inscrire dans le cadre stratégique provincial, mais la gestion quotidienne des services, des horaires et du recrutement demeure sous responsabilité locale, ce qui permet une certaine flexibilité d’adaptation aux réalités du territoire.
Le recrutement de médecins de famille se poursuit et montre certains signes d’amélioration, mais la situation reste fragile, particulièrement en première ligne. Jusqu’à 3 000 résidents du Pontiac pourraient perdre l’accès à un médecin de famille dans les prochains mois, alors que plusieurs médecins envisagent de quitter la région.

Le Dr O’Neill attribue cet exode anticipé aux effets de la Loi 2, qu’il juge trop exigeante sans s’attaquer aux causes structurelles de la pénurie. Selon lui, le Québec n’a tout simplement pas formé suffisamment de médecins pour répondre aux besoins actuels et futurs. La province compte environ 2,83 médecins pour 1 000 habitants, comparativement à plus de trois pour 1 000 dans des pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas.
Il rejette l’idée que la rémunération soit le principal moteur des départs, affirmant que ce sont surtout les conditions de travail, la charge administrative et la difficulté à maintenir un équilibre professionnel qui poussent les médecins à quitter certaines régions. Le recours accru au secteur privé pour certaines interventions, comme les chirurgies orthopédiques, peut améliorer l’efficacité dans certains secteurs, mais ne règle pas la pénurie de personnel qualifié nécessaire au fonctionnement des services hospitaliers essentiels.

Le Pontiac continue par ailleurs de s’appuyer sur son partenariat de longue date avec le Pembroke Regional Hospital pour les services obstétricaux, une entente que Mme Boucher-Larivière décrit comme stable et essentielle au maintien des soins de proximité pour les familles de la région.

Des primes pour attirer du personnel

Dans ce contexte, Québec a annoncé de nouvelles mesures financières visant à attirer et à retenir le personnel infirmier et les professionnels en soins cardiorespiratoires en Outaouais, une région particulièrement touchée par les départs vers l’Ontario.

Le 28 novembre, le ministre de la Santé, Christian Dubé, et le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, ont dévoilé des primes forfaitaires destinées aux professionnels habitant à l’extérieur de la région qui s’engagent à y travailler à temps plein pour au moins trois ans. Les incitatifs ciblent notamment les infirmières, les infirmières auxiliaires et les inhalothérapeutes.

Les professionnels qui choisissent de s’établir dans le Pontiac ou la Vallée-de-la-Gatineau peuvent recevoir une prime de 35 000 $, tandis que ceux qui optent pour d’autres secteurs de l’Outaouais sont admissibles à 30 000 $. La prime est versée en deux temps, avec un premier montant à l’entrée en fonction et le solde après trois ans de service. Un remboursement partiel est prévu en cas de départ anticipé.

À compter du 15 décembre, des bonifications de 5 % à 10 % du salaire horaire de base ont également été offertes pour les heures supplémentaires travaillées, selon les modalités en vigueur.

Karine D’Auteuil, présidente du syndicat local des infirmières en Outaouais, précise que ces mesures sont financées par une enveloppe temporaire prévue à la convention collective 2024-2028. Elle estime toutefois que les primes à elles seules ne suffiront pas à résoudre la crise si la surcharge de travail et les conditions de pratique ne sont pas améliorées. Elle souligne également que le programme ne s’applique pas au personnel déjà en poste dans la région, ce qui pourrait créer des tensions internes.

Mme Boucher-Larivière indique que les priorités dans le Pontiac demeurent la rétention du personnel, le soutien aux équipes de soins et la promotion de la qualité de vie de la région pour attirer de nouveaux professionnels. Les efforts en cours incluent la consolidation des équipes médicales, une meilleure coordination des soins et le développement progressif de services locaux supplémentaires.

Pour le Dr O’Neill, des solutions à plus long terme demeurent indispensables. Il plaide en faveur d’un accès élargi à la formation médicale, d’un meilleur soutien aux médecins formés à l’étranger et de critères d’admission tenant davantage compte des compétences nécessaires dans les régions mal desservies, telles que la communication, l’empathie et la volonté de servir les patients.

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