Apercevoir une « deudeuche » (Citroën 2 CV) au détour d’un virage me procure un doux frisson de nostalgie. Symbole de liberté et de simplicité, cette voiture du peuple a charmé plus d’un Européen; la croiser au Canada relève du mirage, comme si un fragment du passé s’était égaré dans l’immensité du Nouveau Monde. La voici qui inspire un projet de réinterprétation électrique, dont l’arrivée ici demeure incertaine. Cette réinvention pourrait-elle inspirer nos aspirations?
Lorsque la pandémie nous a frappés, nous avons entrevu, malgré les malheurs qu’elle provoquait, certaines possibilités : moins de déplacements, plus de proximité, une attention accrue à notre environnement et l’espoir de vivre autrement. Puis, nous avons
repris nos vies. Le rebond mondial des émissions de CO₂ liées à l’énergie et aux procédés industriels a, dès 2021, plus qu’effacé leur baisse de 2020, nous rappelant qu’une interruption ne déclenche pas forcément une transformation. Que conservons-nous de cette nécessité de faire autrement?
Dans le Pontiac, mes démarches pour préserver la piste cyclable m’ont confrontée, il y a quelques années, à cette difficulté. On invoquait sa faible fréquentation pour contester sa vocation. Mais quelle utilisation pouvait-on espérer d’une piste mal entretenue et presque entièrement non asphaltée?
Une minorité agissante ne détient pas nécessairement la vérité. Mais faut-il attendre qu’une idée rallie la majorité pour lui donner une chance? Si les pratiques dominantes deviennent la seule mesure de ce qui mérite d’être considéré, il reste alors très peu de place aux idées pour se développer.
Au lendemain des élections, cette préoccupation dépasse les appartenances politiques. Notre circonscription demeure fidèle à une longue tradition : elle élit des députés libéraux depuis 1981. Reconduire un député n’oblige cependant pas à conserver ses vieilles
habitudes. Quel que soit notre vote, nous pouvons soutenir des initiatives différentes et accepter d’en discuter sans chercher trop vite à les discréditer. Si le changement mérite d’être examiné, ses coûts, ses limites, ses conséquences, le statu quo mérite le même examen : quelles possibilités avons-nous abandonnées? À quoi avons-nous renoncé sans même essayer?
Le Pontiac ne doit pas changer pour changer, mais je souhaite qu’il puisse choisir son avenir sans confondre ce qui lui est familier avec ce qui lui convient. Préserver ce qui nous est cher ne devrait pas nous empêcher de chercher ce qui pourrait améliorer notre manière de vivre ensemble. À force de décider de demain à partir des seules habitudes d’aujourd’hui, quel avenir nous laissons-nous la possibilité de réinventer? Pour ne pas avoir à le subir, il serait bon de se demander ce que nous coûte le statu quo.
