Fred Ryan
Ce numéro vient compléter notre dossier consacré à l’un des moments forts des 40 ans d’existence du Journal du Pontiac: la proposition faite par le journal de créer un duché britannique couvrant l’ensemble de la région du Pontiac, en guise de réponse ironique au mouvement indépendantiste québécois, qui prenait alors de l’ampleur. Le Canada (y compris le Québec) faisait toujours partie du Commonwealth britannique et, comme l’avait confirmé l’association des étudiants en droit de l’université Queen’s, la Couronne
britannique avait toujours le pouvoir de créer un duché n’importe où sur son territoire.
Ce mouvement était le fruit de l’imagination de Marc Corbeil du MRC-CLD, de John Evans de Waltham, et de moi-même, éditeur et rédacteur en chef du Journal. Sans oublier
des centaines de sympathisants!
Les séparatistes et le gouvernement québécois de l’époque ont pris ce mouvement au sérieux ; des centaines de personnes ont signé une pétition en faveur de la création d’un duché, et les médias de tout le Canada (et même en Europe) ont présenté ce phénomène comme un mouvement politique de premier plan. Pourtant, les autorités du Pontiac ont refusé de s’engager. Il y a eu des réunions publiques, de petits rassemblements et de nombreuses lettres ouvertes sur le sujet. Les réactions du public allaient de la plaisanterie à un soutien sincère, en passant par de petits dons, des propositions d’organiser des « kitchen parties », des débats et des rassemblements dans les salles paroissiales. Peut-être nos dirigeants politiques étaient-ils encore sous le choc du référendum.
Puis, lors du référendum sur l’indépendance du Québec, qui s’est tenu le 30 octobre 1995, les séparatistes ont perdu de justesse.
Avec la victoire serrée du camp pro-Canada, la question a perdu de son élan, même si certains groupes, comme celui de Fort William sur l’Isle-aux-Allumettes, ont tenté de maintenir le projet en vie – après tout, les séparatistes promettaient de retenter leur chance. Avec un petit air de déjà vu, aujourd’hui, en 2026, le Parti Québécois, en tête des intentions de vote, a promis un nouveau référendum (une fois que Trump aura quitté le pouvoir!).
Ce bref résumé ne rend certes pas pleinement justice au rôle joué par le Journal dans cette affaire, mais il montre bien l’influence que peuvent exercer les médias locaux, en particulier dans les zones rurales où il y a moins de distractions que dans les zones urbaines.
Les trois initiateurs du mouvement pour le duché avaient dès le départ clairement
conscience qu’un mouvement ou une campagne de ce type pouvait apporter des avantages à la région, même en dehors de la sphère politique. Notamment dans le domaine du tourisme.
Depuis des générations, les collectivités locales s’efforcent de dynamiser le tourisme ; la région du Pontiac se trouve à quelques heures de route de plusieurs grands marchés, outre Ottawa, notamment Montréal, Toronto et le nord de l’état de New York. Nous avons mis en avant notre région comme un paradis naturel (ce qu’elle est toujours), un lieu de prédilection de la pêche et de la chasse (ce qu’elle est toujours), un lieu propice à la navigation de plaisance, aux séjours au chalet et en camping (ce qu’elle est toujours), voire une région aux cieux étoilés offrant des possibilités de « retour à la terre »
(ce qu’elle possède toujours). Une voie navigable pour les plaisanciers remontant la rivière des Outaouais, des sites d’aventure en eaux vives, un paradis forestier, ainsi qu’un bijou pour les randonneurs et les cyclistes… Pourtant, malgré de nombreuses campagnes menées par la MRC et plusieurs organismes gouvernementaux, le tourisme reste sous-développé.
Nous nous sommes dit, à l’époque: un « duché de Pontiac » ne donnerait-il pas à notre région une identité qui la placerait en tête de la plupart des régions du Canada? Un duché n’ouvrirait-il pas la voie à un nouveau type d’attractions touristiques? Tournois médiévaux, foires et festins royalistes, courses de chevaux, voire un nouveau type d’infrastructures destinées à attirer les touristes – des hébergements aux allures de châteaux et de forteresses, une ou deux salles de banquet… La liste n’avait pour seule limite que notre imagination.
De telles installations spectaculaires feraient parler du Pontiac et, une fois achevées, généreraient les dépenses touristiques que nous recherchions depuis des années.
Un dessin humoristique publié à l’époque dans le Journal (réalisé par l’adolescent Blaise Ryan) représentait un énorme embouteillage sur la route 148, alors que les voitures de touristes et les roulottes se dirigeaient vers un « château » de la région (ce château se trouvait-il à Ladysmith?…). Des épreuves sportives (joutes, combats à l’épée), des festins de sanglier du Pontiac grillé au barbecue, des défilés et toutes les réjouissances que cela implique. Nous nous sommes dit que c’était bien plus attrayant que de rester là à regarder une rivière se jeter dans le vide – comme aux chutes du Niagara! Et cela permettait d’éviter les conflits et les rancœurs que suscitait le mouvement séparatiste et indépendantiste.
Quels autres avantages cette région, l’une des plus préservées du Canada, pourrait-elle en tirer? Tout cela a été lancé par les médias locaux! Ce débat public a illustré l’engagement du Journal en faveur d’un journalisme constructif et a mis en lumière l’importance des médias locaux pour notre communauté. Il a donné un aperçu de ce que nous pouvons attendre de médias indépendants qui agissent dans l’intérêt de notre communauté.
Vive le Duché de Pontiac!
